Le travail du bois, de la cire et des finitions traditionnelles impose tôt ou tard une question concrète : quel solvant pour diluer une cire, retirer une vieille encaustique, nettoyer un pinceau ou préparer un lustrant maison ? La tradition répond : essence de . Mais ce réflexe patrimonial masque un choix devenu plus large. Le rayon propose aujourd’hui plusieurs familles : terpènes naturels (térébenthine de pin, d’agrumes), alcools (éthanol dénaturé, isopropanol), dérivés pétroliers (white-spirit, désaromatisé ou non) et divers solvants polaires. Aucun n’est interchangeable : leurs propriétés physico-chimiques, leur toxicité, leur écotoxicité et leur inflammabilité divergent substantiellement, et c’est précisément ce que cet article met côte à côte.
L’analyse qui suit est documentaire : elle confronte, données publiques de référence à l’appui (fiches toxicologiques de l’INRS, inventaire C&L de l’ECHA, règlement CLP n° 1272/2008), les quatre solvants les plus courants en finition du bois et en encaustique amateur : l’essence de térébenthine (le classique), le d-limonène (l’alternative « verte »), l’éthanol dénaturé (le polyvalent) et le white-spirit (le pétrolier). L’objectif n’est pas de couronner un « meilleur » solvant universel, mais de dresser un comparatif qui laisse chacun choisir en connaissance de cause : selon l’usage (cire de meuble ? gomme-laque ? peinture à l’huile ? nettoyage d’outil ?), selon sa tolérance aux risques (santé, environnement, incendie) et selon le coût.
Le sujet est directement complémentaire de nos articles existants. Pour le risque incendie immédiat des chiffons imbibés d’huiles siccatives — risque qui s’applique à tous les solvants combinés à des huiles polymérisantes — voir notre dossier sur la combustion spontanée des chiffons huilés. Pour le cadre réglementaire européen des pictogrammes de danger (SGH/CLP) et la lecture des fiches de données de sécurité (FDS), voir notre guide du règlement CLP. Pour la recette d’encaustique de référence à base de cire d’abeille et de térébenthine (ratio 1 : 3 en poids), voir notre fiche encaustique maison.
Précision méthodologique d’emblée. Cet article est une synthèse documentaire produite avec l’assistance d’un modèle de langage génératif, sur la base de sources publiques de référence (fiches toxicologiques de l’INRS — l’Institut national de recherche et de sécurité, organisme français de référence en prévention des risques professionnels —, inventaire C&L de l’ECHA, références CLP). Aucun protocole de laboratoire, aucun test toxicologique, aucune mesure de point d’éclair n’a été conduit par l’équipe. Les valeurs numériques citées (points d’éclair, points d’ébullition, mentions de danger CLP) sont reproduites depuis les fiches toxicologiques de l’INRS et l’inventaire de classification et d’étiquetage (C&L) de l’ECHA (European Chemicals Agency). Pour tout usage professionnel ou semi-professionnel, la consultation des fiches de données de sécurité (FDS) commerciales des produits effectivement employés est obligatoire et prime sur cet article de vulgarisation. Voir la note finale de méthodologie pour les références exactes.
Origine et fabrication
L’essence de térébenthine n’est pas un produit pétrolier moderne mais bien un dérivé direct du pin résineux, exploité depuis l’Antiquité. Le mot désigne d’abord l’oléorésine brute récoltée à partir des arbres résineux par la technique du gemmage (incisions de l’écorce pour faire couler la résine). L’essence de térébenthine proprement dite est le produit obtenu par à la vapeur de cette oléorésine : la fraction volatile (l’essence) se sépare de la fraction solide (la colophane, utilisée notamment en lutherie pour les archets).
Les pins exploités sont principalement le pin maritime (Pinus pinaster), le pin sylvestre (Pinus sylvestris), et plusieurs autres espèces régionales (Pinus palustris aux États-Unis, mélèzes, sapins). En France, la production traditionnelle landaise (massif des Landes de Gascogne) a quasiment disparu au début des années 1990 ; le marché européen est aujourd’hui largement approvisionné par importation, principalement depuis la péninsule ibérique, la Chine et l’Indonésie. L’essence de térébenthine a même connu un usage historique comme « propergol » pour le lanceur français Diamant A — anecdote qui rappelle son caractère hautement énergétique.
Composition chimique
Selon la fiche toxicologique de l’INRS consacrée à l’essence de : « L’essence de térébenthine contient 60 % d’α-pinène », complétée par du « camphène, sylvestrène, β-pinène et dipentène » en quantités mineures. La proportion peut varier selon l’espèce de pin : la térébenthine fraîche issue de Pinus palustris contient « 80 à 83 % d’α-pinène ». L’α-pinène est un monoterpène bicyclique de formule C₁₀H₁₆, présent dans de nombreuses huiles essentielles (menthe, lavande, sauge, gingembre) et qui contribue à la signature olfactive « résineuse » caractéristique du produit.
Propriétés physico-chimiques
D’après la fiche toxicologique de l’INRS et l’inventaire C&L de l’ECHA :
- Point d’éclair : 35 °C (méthode coupelle fermée). Cette valeur place la térébenthine en catégorie 3 du règlement CLP (liquides inflammables ; voir notre guide CLP). Pour comparaison : l’α-pinène pur a un point d’éclair encore plus bas (32 °C).
- Point d’ébullition : 154 à 170 °C (intervalle reflétant la nature de mélange du produit).
- Densité : 0,86 à 0,87 g·cm⁻³ ; moins dense que l’eau (la térébenthine flotte).
- Solubilité : insoluble dans l’eau, miscible avec la plupart des solvants organiques (alcools, hydrocarbures, esters), excellent solvant des cires et des huiles siccatives.
- Volatilité : élevée à température ambiante ; les vapeurs sont plus denses que l’air et peuvent s’accumuler au sol dans une pièce non ventilée.
Classification CLP et toxicité
Selon l’inventaire de classification et d’étiquetage (C&L) de l’ECHA et la fiche toxicologique de l’INRS, les mentions de danger associées à l’essence de térébenthine incluent notamment :
- H226 — Liquide et vapeurs inflammables (catégorie 3 du CLP).
- H302 — Nocif en cas d’ingestion.
- H304 — Peut être mortel en cas d’ingestion et de pénétration dans les voies respiratoires (danger d’aspiration). Ce risque est majeur : une petite quantité avalée et passant dans les bronches peut provoquer une pneumopathie chimique grave.
- H312 — Nocif par contact cutané.
- H315 — Provoque une irritation cutanée.
- H317 — Peut provoquer une allergie cutanée (sensibilisation).
- H319 — Provoque une sévère irritation des yeux.
- H332 — Nocif par inhalation.
- H411 — Toxique pour les organismes aquatiques, entraîne des effets néfastes à long terme.
Le profil toxicologique de la térébenthine est donc multi-axes : inflammabilité élevée, toxicité aiguë par toutes voies (ingestion, inhalation, contact), sensibilisation cutanée (allergies fréquemment rapportées chez les ébénistes, restaurateurs, peintres en bâtiment), danger d’aspiration majeur, et toxicité aquatique chronique (H411). La limite d’exposition professionnelle américaine OSHA est de 100 ppm sur 8 heures (OSHA PEL), et 800 ppm est immédiatement dangereux pour la vie.
On observe par ailleurs que « son usage comme solvant dans les nations industrialisées a été largement remplacé par les substituts pétroliers bien moins coûteux comme le white-spirit » — un constat qui contextualise pourquoi la térébenthine, malgré sa noblesse traditionnelle, n’est plus le solvant dominant en France hors restauration patrimoniale et marché artisanal de niche.
Origine et fabrication
Le est un monoterpène cyclique présent en abondance dans l’écorce des agrumes (citrons, oranges, pamplemousses, mandarines). Le composé est notamment « sous-produit de la fabrication de jus d’orange » : les écorces broyées lors de l’extraction du jus libèrent une huile essentielle dont le principal constituant est le d-limonène. Cette filière de sous-produit confère au d-limonène une image « écologique » et « renouvelable » — image qui mérite cependant nuance, comme nous le verrons en section 2.4.
Deux énantiomères existent : le d-limonène (R-(+)-limonène) majoritaire dans les agrumes, et le l-limonène (S-(–)-limonène) présent par exemple dans l’eucalyptus et la menthe. C’est presque exclusivement le d-limonène qui est commercialisé comme solvant.
Propriétés physico-chimiques
D’après l’inventaire C&L et le dossier d’enregistrement REACH de l’ECHA :
- Point d’éclair : 48 °C ; 50 °C selon les référentiels (fiches de données de sécurité, ECHA). Cette valeur, plus élevée d’environ 13 °C que celle de la , rend le moins immédiatement inflammable dans une atmosphère d’atelier tempérée — mais il reste néanmoins en catégorie 3 du CLP (H226).
- Point d’ébullition : 176 °C.
- Densité : 0,84 g·cm⁻³ ; flotte sur l’eau.
- Solubilité : pratiquement insoluble dans l’eau, miscible avec les solvants organiques apolaires.
- Odeur : agrume agréable et caractéristique ; cette odeur est revendiquée comme un avantage ergonomique par les fabricants de nettoyants « verts ».
Classification CLP et toxicité
Le d-limonène présente le profil CLP suivant selon l’inventaire C&L de l’ECHA :
- H226 — Liquide et vapeurs inflammables.
- H304 — Peut être mortel en cas d’ingestion et de pénétration dans les voies respiratoires (mention notifiée par certains déclarants dans l’inventaire C&L de l’ECHA, la classification harmonisée du limonène retenant surtout H226, H315, H317 et H410).
- H315 — Provoque une irritation cutanée.
- H317 — Peut provoquer une allergie cutanée. Spécificité importante : les sources s’accordent à signaler que le d-limonène s’oxyde facilement à l’air humide et que les peroxydes résultants sont des allergènes cutanés puissants — l’allergénicité augmente donc avec l’âge du produit et son exposition à l’air.
- H410 — Très toxique pour les organismes aquatiques, entraîne des effets néfastes à long terme.
Le paradoxe « vert » : H410 chronique aigu
Le point d’attention le plus important — et le plus régulièrement omis dans la communication marketing autour des solvants d’agrumes — concerne l’écotoxicité aquatique. La mention H410 (« très toxique pour les organismes aquatiques ») est plus sévère que la mention H411 (« toxique pour les organismes aquatiques ») de la térébenthine. En d’autres termes, sur l’axe « rejet dans le milieu aquatique » (eaux usées, rinçage de pinceaux à l’évier, dispersion accidentelle en milieu naturel), le d-limonène est plus dangereux que la térébenthine.
L’inventaire C&L de l’ECHA confirme cette caractéristique : « H410 : Très toxique pour les organismes aquatiques, entraîne des effets à long terme ». Ce constat ne disqualifie pas le d-limonène comme alternative — il reste un solvant intéressant pour de nombreux usages — mais il invite à une vigilance écologique élevée sur la gestion des effluents et des chiffons imbibés. Étiquette « vert » ne signifie pas « sans danger pour la nature ».
Le (+)-limonène est par ailleurs utilisé comme insecticide botanique (il est notamment employé en biopesticide) — usage qui souligne la bioactivité non négligeable du composé sur le vivant.
Origine et nature
L’éthanol (C₂H₅OH) est le solvant polaire le plus largement disponible et le moins coûteux à grande échelle. Il est produit par fermentation alcoolique de matières premières renouvelables (céréales, betterave sucrière, canne à sucre, et de plus en plus cellulose lignocellulosique). L’alcool dénaturé est de l’éthanol auquel on ajoute des substances le rendant impropre à la consommation — typiquement du méthanol, du benzoate de denatonium (extrêmement amer), de la quassine ou divers additifs aromatiques. Le but : faciliter la commercialisation hors régime fiscal de l’éthanol de bouche, sans dégrader les propriétés de solvant.
Propriétés physico-chimiques
D’après la fiche toxicologique de l’INRS :
- Point d’éclair : 13 °C pour l’éthanol pur (100 %) ; 17 °C pour l’éthanol à 95 % vol ; 21 °C pour l’éthanol à 70 % vol ; 49 °C pour 10 % vol et 62 °C pour 5 % vol. L’éthanol est donc plus inflammable que la térébenthine et le d-limonène à concentration élevée. Sa catégorie CLP est la catégorie 2 (« liquide très inflammable »), plus sévère que la catégorie 3 des terpènes.
- Point d’ébullition : 79 °C (78,37 °C précisément pour l’éthanol pur).
- Densité : 0,789 g·cm⁻³.
- Solubilité : miscible avec l’eau en toutes proportions — propriété unique parmi les solvants traités ici, qui simplifie considérablement la dilution et le nettoyage.
- Volatilité : élevée, évaporation rapide à température ambiante.
Classification CLP et toxicité
Selon l’inventaire C&L de l’ECHA (classification harmonisée), le profil CLP inclut notamment :
- H225 — Liquide et vapeurs très inflammables (catégorie 2 du CLP).
- H302 — Nocif en cas d’ingestion. Tout dépend de la quantité et du produit : de petites quantités d’éthanol de bouche par voie orale restent sans incidence chez les personnes non alcoolo-dépendantes, alors que l’ingestion accidentelle d’éthanol dénaturé contenant du méthanol peut être mortelle.
- H332 — Nocif par inhalation.
- Note cancérogénicité : la substance éthanol ne porte PAS de mention H350 dans sa classification CLP harmonisée (Annexe VI du Règlement (CE) 1272/2008 : seule la classe Flam. Liq. 2 / H225 est harmonisée). La cancérogénicité IARC Groupe 1 vise la consommation de boissons alcoolisées par voie orale, et non l’éthanol employé comme solvant : il ne faut donc pas l’inscrire comme mention de danger CLP sur l’étiquette.
- Note : l’éthanol ne possède pas la mention H304 — il ne représente pas de danger d’aspiration au sens du CLP, contrairement à la et au white-spirit. C’est un avantage relatif pour la sécurité d’usage atelier.
Usages typiques en finition
L’éthanol dénaturé est le solvant obligatoire pour dissoudre la gomme-laque (shellac) — résine sécrétée par l’insecte Kerria lacca et utilisée historiquement pour les vernis au tampon en ébénisterie. L’éthanol est traditionnellement le solvant de l’ébéniste pour ses vernis à la gomme laque. Aucun autre solvant traité dans cet article ne dissout la gomme-laque efficacement : la térébenthine, le et le white-spirit sont inadaptés à cet usage.
Autres usages courants : nettoyage des pinceaux à vernis à la gomme-laque, dégraissage de surfaces avant collage, formulation de produits cosmétiques et pharmaceutiques, désinfection ponctuelle (à concentration ≥ 70 % vol). Avantage écologique : l’éthanol s’élimine simplement par évaporation ou par dilution dans l’eau (sa biodégradation en milieu aquatique est rapide).
Origine et nature
Le white-spirit (parfois écrit « white spirit » ou « essence minérale ») est un produit raffiné de la du pétrole. C’est un mélange complexe d’hydrocarbures aliphatiques et cycloaliphatiques, dont la composition typique, selon la fiche toxicologique de l’INRS consacrée aux white-spirits, est :
- 40 à 60 % d’hydrocarbures paraffiniques (chaînes droites ou ramifiées) en C₈ à C₁₂.
- 30 à 70 % d’hydrocarbures cycloparaffiniques (naphténiques) en C₉ à C₁₂.
- Le reste : hydrocarbures aromatiques (proportion variable selon le grade de raffinage ; les white-spirits « désaromatisés » visent un taux d’aromatiques inférieur à 1 %, pour une moindre toxicité chronique).
Propriétés physico-chimiques
Note : il n’existe pas un point d’éclair unique mais une plage selon le grade de raffinage. La fiche toxicologique de l’INRS et la littérature professionnelle indiquent en général :
- Point d’éclair : typiquement 35 à 65 °C selon le degré de raffinage et la fraction de coupe pétrolière (catégorie 3 du CLP, donc équivalente à la térébenthine pour l’inflammabilité).
- Point d’auto-inflammation : 225 à 280 °C.
- Densité : voisine de 0,78–0,80 g·cm⁻³ selon le grade.
- Solubilité : insoluble dans l’eau, miscible aux solvants organiques.
- Odeur : caractéristique pétrolière (atténuée pour les versions désaromatisées).
Classification CLP et toxicité
D’après l’inventaire C&L de l’ECHA et la fiche toxicologique de l’INRS, le profil CLP du white-spirit inclut notamment :
- H226 — Liquide et vapeurs inflammables (catégorie 3 ou 4 du CLP selon le grade et le point d’éclair).
- H304 — Peut être mortel en cas d’ingestion et de pénétration dans les voies respiratoires (danger d’aspiration majeur, comme pour la térébenthine).
- H336 — Peut provoquer somnolence ou vertiges (effet narcotique des vapeurs en exposition courte).
- H372 — Selon le grade de raffinage et la teneur en aromatiques, certains white-spirits (grades aromatiques ou contenant du n-hexane) portent la mention H372 (risque avéré d’effets graves pour les organes à la suite d’expositions répétées ou d’une exposition prolongée). Cette classification n’est pas universelle : les white-spirits désaromatisés sont surtout classés H304 (danger d’aspiration, quasi systématique) et fréquemment H336 (effet narcotique), sans H372 harmonisé. Toujours se reporter à la FDS du produit réellement employé.
Le profil du white-spirit est donc dominé par la toxicité chronique (effets cumulatifs des expositions répétées sur le système nerveux central, les voies respiratoires et le foie pour les fractions les plus aromatiques). Il s’agit en outre d’un dérivé fossile non renouvelable, ce qui mobilise un argument environnemental supplémentaire.
Usages typiques en finition
Le white-spirit est le solvant dominant du marché grand public pour la dilution des peintures à l’huile (peintures glycérophtaliques, lasures), des vernis polyuréthanes traditionnels et le nettoyage des pinceaux à peinture huile. Il est couramment employé pour la dilution des peintures, vernis et encres d’imprimerie. Pour les cires et la formulation d’encaustique, il peut remplacer la mais n’apporte pas la même qualité de pénétration ni le même rendu olfactif et patrimonial.
Tableau comparatif synthétique — Le récapitulatif ci-dessous synthétise les caractéristiques principales des quatre solvants. Aucun n’est « meilleur » dans l’absolu : chacun a un domaine d’usage privilégié et un profil de risque spécifique.
- Point d’éclair (coupelle fermée) — Térébenthine : 35 °C — : 48 à 50 °C — Éthanol dénaturé : 13 °C (pur) ; 21 °C (70 %) — White-spirit : 35 à 65 °C.
- Catégorie CLP inflammabilité — Térébenthine : 3 (H226) — d-Limonène : 3 (H226) — Éthanol : 2 (H225, très inflammable) — White-spirit : 3 ou 4 (H226).
- Danger d’aspiration (H304) — Térébenthine : Oui — d-Limonène : Oui (selon source EN) — Éthanol : Non — White-spirit : Oui.
- Sensibilisation cutanée (H317) — Térébenthine : Oui — d-Limonène : Oui (limonène oxydé surtout) — Éthanol : Non — White-spirit : Rare.
- Toxicité chronique respiratoire (H372) — Térébenthine : Non — d-Limonène : Non — Éthanol : Non — White-spirit : Oui.
- Écotoxicité aquatique — Térébenthine : H411 chronique — d-Limonène : H410 chronique sévère — Éthanol : Faible (biodégradable rapide) — White-spirit : Variable selon grade.
- Origine — Térébenthine : Renouvelable (pin) — d-Limonène : Renouvelable (sous-produit jus d’orange) — Éthanol : Renouvelable (fermentation) — White-spirit : Fossile (pétrole).
- Miscibilité eau — Térébenthine : Non — d-Limonène : Non — Éthanol : Oui, toutes proportions — White-spirit : Non.
- Coût relatif (grand public) — Térébenthine : Moyen à élevé — d-Limonène : Moyen à élevé — Éthanol : Faible — White-spirit : Faible.
Choisir selon le contexte d’usage — Le tableau ci-dessus permet de dégager quelques recommandations contextuelles, à pondérer évidemment par la disponibilité locale, le budget et les préférences individuelles :
- Pour la formulation d’encaustique traditionnelle (cire d’abeille + solvant) : térébenthine reste le choix de référence patrimoniale (cohérence historique, pénétration, rendu olfactif). Le d-limonène est une alternative moderne acceptable, à condition d’accepter une écotoxicité aquatique supérieure et une variabilité de tenue dans le temps liée à l’oxydation. Voir notre recette d’encaustique maison pour les ratios et le protocole.
- Pour la dilution et l’application de gomme-laque (shellac) : éthanol dénaturé exclusivement. Les terpènes et le white-spirit sont chimiquement inadaptés à cet usage.
- Pour la dilution de peinture à l’huile (peinture glycérophtalique, lasure traditionnelle) : white-spirit est le solvant standard du marché grand public, le moins coûteux et le plus largement disponible. La térébenthine est l’alternative patrimoniale pour les restaurateurs et les peintres souhaitant respecter une formule historique. Éviter le d-limonène pour les peintures contenant des huiles polymérisantes : la combinaison peut altérer la cinétique de séchage et la qualité du film.
- Pour le nettoyage de pinceaux et d’outils : tous les solvants fonctionnent, à condition d’appairer le solvant à la nature du produit nettoyé (alcool pour gomme-laque ; térébenthine ou white-spirit pour peinture huile ; d-limonène pour cires et résines naturelles). Privilégier le solvant ayant le profil de risque le plus tolérable selon le contexte (ventilation, présence d’enfants, sensibilité respiratoire de l’opérateur).
- Pour le décirage d’un meuble ancien : térébenthine reste très efficace en application sur chiffon ; le d-limonène est aujourd’hui couramment proposé en produits commerciaux « décireurs verts ». Tester impérativement sur une zone discrète avant traitement complet, certaines patines anciennes pouvant réagir différemment selon le solvant.
Une règle de prudence transversale : aucun solvant ne se manipule sans précautions de base. Toujours travailler dans un local ventilé, idéalement avec courant d’air ou ventilation mécanique. Porter des gants nitrile (les gants latex sont insuffisants face aux solvants organiques) et des lunettes de protection. Tenir hors de portée des enfants et des animaux. Ne jamais combiner solvants et flammes vives, étincelles électriques, cigarettes ou points chauds.
Élimination responsable et stockage — Une dimension trop souvent négligée concerne la fin de vie des solvants usagés et des chiffons imbibés. Aucun solvant traité dans cet article ne doit être versé à l’évier, jeté en poubelle ordinaire ou évacué dans les eaux pluviales. Le respect de cette règle est à la fois :
- Réglementaire : les solvants usagés sont classés « déchets dangereux des ménages » (DDM) en France et relèvent de la filière de collecte en déchèterie ou en éco-organisme spécialisé (EcoDDS pour les particuliers).
- Écologique : l’écotoxicité aquatique (H410 du , H411 de la ) impose un confinement et une élimination contrôlée pour éviter la contamination des cours d’eau et des nappes phréatiques. Voir notre guide CLP pour le cadre des phrases P (P501 : éliminer le contenu/récipient comme déchet dangereux).
- Sécurité incendie : les chiffons imbibés de térébenthine ou de white-spirit combinés à des huiles siccatives (lin, tung) peuvent présenter un risque de combustion spontanée : voir notre dossier complet sur la combustion spontanée des chiffons huilés pour les trois règles d’or de prévention (stockage humide en immersion dans l’eau, séchage à plat sur surface non inflammable, élimination en déchèterie filière DDM).
Pour le stockage en atelier amateur :
- Conserver dans les bidons d’origine, parfaitement étanches, étiquetés et orientés debout.
- Stocker dans un local frais, ventilé, à l’écart de toute source de chaleur ou d’ignition (chaudière, radiateur, fours, prises électriques).
- Maintenir hors de portée des enfants et des animaux ; idéalement dans un placard fermé à clé pour les ateliers familiaux.
- Ne pas transvaser dans des bouteilles alimentaires (risque d’ingestion accidentelle catastrophique, en particulier avec un produit présentant H304 — danger d’aspiration).
- Limiter les quantités stockées au strict nécessaire : l’inventaire d’un atelier amateur ne devrait pas dépasser quelques litres au total, toutes substances confondues.
Pour les usages professionnels (artisans, restaurateurs, peintres en bâtiment), la réglementation française (Code du travail, articles R.4412 et suivants) impose la rédaction d’un Document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP) et la mise en œuvre de mesures de prévention proportionnées (ventilation forcée, équipements de protection individuelle, fiches de poste, formation). L’INRS (https://www.inrs.fr/) publie des guides détaillés (collection ED) sur la prévention du risque chimique applicables à ces situations.
Sources et lectures complémentaires — Cet article s’appuie sur les sources publiques suivantes, chacune vérifiée par requête HTTP au moment de la publication. Les valeurs numériques et mentions CLP sont reproduites depuis les fiches toxicologiques de l’INRS et l’inventaire C&L de l’ECHA ; pour tout usage professionnel, la consultation des fiches de données de sécurité (FDS) commerciales et des fiches toxicologiques INRS du produit effectivement employé est obligatoire et prime sur cet article de synthèse.
Sources
- INRS — Fiches toxicologiques (base de données) — fiches toxicologiques et guides ED de prévention du risque chimique ; composition, points d’éclair, points d’ébullition et propriétés physico-chimiques de l’essence de térébenthine, des white-spirits et de l’éthanol.
- ECHA — Inventaire de classification et d’étiquetage (C&L) — classifications CLP harmonisées et notifiées, mentions H et P : essence de térébenthine (CAS 8006-64-2), d-limonène (CAS 5989-27-5), éthanol (CAS 64-17-5), white-spirits.
- EUR-Lex — Règlement (CE) n° 1272/2008 (CLP), Annexe VI — classifications harmonisées, classes de danger, mentions H et P, pictogrammes SGH ; base juridique de l’étiquetage des solvants.
- NIOSH — Pocket Guide to Chemical Hazards — valeurs limites d’exposition professionnelle et IDLH ; térébenthine : PEL OSHA 100 ppm sur 8 h, IDLH 800 ppm.
