Les losanges blancs cernés de rouge qui ornent un pot de vernis, un bidon de solvant ou une bouteille d’huile ne sont pas un décor. Chacun condense, dans un langage standardisé à l’échelle mondiale, un danger précis et la conduite à tenir. Apprendre à lire cette grammaire d’étiquette, c’est savoir d’un coup d’œil quels gants enfiler, où ranger un produit, comment l’éliminer et quel geste éviter près d’un récipient ouvert.
Sur l’étiquette d’une boîte d’essence de térébenthine, on remarque quatre losanges blancs cernés de rouge, chacun contenant un noir : une flamme, un point d’exclamation, une silhouette humaine avec étoile thoracique, un arbre mort. Ces losanges sont imposés par un règlement européen précis – le règlement CLP – et leur présence sur l’étiquette traduit la classification officielle du produit selon des critères harmonisés à l’échelle mondiale.
Connaître la grammaire de ces étiquettes change radicalement le rapport quotidien aux produits chimiques : on sait alors quels équipements de protection sont nécessaires, comment stocker un produit, comment l’éliminer en fin de vie et quels gestes éviter à proximité d’un récipient ouvert. Pour un bricoleur travaillant le bois, la connaissance du CLP est notamment indispensable pour comprendre les avertissements liés aux huiles siccatives (cf. notre article sur la combustion spontanée des chiffons huilés) et aux solvants inflammables comme la térébenthine.
Le parcours suit l’ordre où ces questions se posent dans un atelier. D’abord le cadre réglementaire CLP et son origine onusienne, le SGH ; puis la signification des neuf pictogrammes de danger ; ensuite la lecture des (mentions de danger) et P (conseils de prudence) ; le rôle de la Fiche de Données de Sécurité (FDS) et son fondement dans REACH, article 31 ; enfin l’application concrète pour le bricoleur face aux produits typiques du travail du bois.
Règlement (CE) n° 1272/2008 : une référence européenne
Le règlement CLP (acronyme anglais de Classification, Labelling and Packaging) est officiellement le Règlement (CE) n° 1272/2008 du Parlement européen et du Conseil. Il s’agit du texte européen de référence pour la classification, l’étiquetage et l’emballage des substances et des mélanges chimiques. Son intitulé officiel au Journal officiel de l’Union européenne est le suivant : « Règlement relatif à la classification, à l’étiquetage et à l’emballage des substances et des mélanges » (EUR-Lex — Règlement (CE) n° 1272/2008).
Le texte a été publié au Journal officiel de l’Union européenne sous la référence JOUE n° L 353 du 31 décembre 2008 et il est entré en vigueur le 20 janvier 2009 (EUR-Lex — Règlement (CE) n° 1272/2008). Sa mise en application a été progressive avec deux échéances marquantes : la classification des substances pures à compter du 1er décembre 2010 et celle des mélanges (peintures, vernis, colles, encaustiques formulées, etc.) à compter du 1er juin 2015 (ECHA, Comprendre le CLP, et EUR-Lex — Règlement (CE) n° 1272/2008). Au 1er juin 2017, tout produit commercialisé devait porter l’étiquetage CLP, achevant la transition depuis l’ancien système de phrases R/S issu de la directive 67/548/CEE.
Le règlement est applicable directement dans tous les États membres de l’Union européenne, sans transposition en droit interne. Le portail Légifrance (nouvelle fenêtre), défini comme « le service public de la diffusion du droit » et placé « sous la responsabilité éditoriale du Secrétariat général du Gouvernement », donne accès aux textes européens applicables en France et à leurs mesures de transposition lorsqu’elles existent. L’autorité européenne chargée de l’application opérationnelle du CLP est l’ECHA (European Chemicals Agency), basée à Helsinki, qui gère également le règlement REACH.
Origine internationale : le SGH/GHS de l’ONU
Le règlement CLP n’est pas une invention européenne isolée : il transpose dans l’Union européenne un système harmonisé adopté à l’échelle mondiale sous l’égide des Nations unies, le Système général harmonisé de classification et d’étiquetage des produits chimiques (SGH en français, en anglais).
L’objectif fondateur remonte à la Conférence de Rio sur l’environnement et le développement de 1992 : l’OIT, l’OCDE et différents gouvernements y ont retenu qu’un système harmonisé à l’échelle mondiale de classification des dangers et un système d’étiquetage compatible, comprenant des fiches de données de sécurité et des symboles faciles à comprendre, devaient être disponibles, si possible, d’ici l’an 2000. La première version officielle du SGH a été adoptée par le Conseil économique et social des Nations unies en 2003, puis révisée tous les deux ans (le SGH en est, depuis septembre 2025, à sa onzième édition révisée).
Le SGH n’est pas un règlement contraignant en soi : c’est un cadre de recommandations que chaque pays ou groupement de pays transpose dans son droit interne. L’Union européenne l’a transposé via le règlement CLP. Les États-Unis, le Canada, le Japon, la Chine, l’Australie et de nombreux autres pays ont fait des transpositions analogues, si bien que les et les mentions de danger sont aujourd’hui largement reconnus à l’échelle mondiale.
L’élément graphique le plus reconnaissable d’une étiquette CLP est le pictogramme de danger, présenté dans un losange blanc cerné d’un cadre rouge. Le SGH définit 9 pictogrammes standardisés, numérotés SGH01 à SGH09 (GHS01 à GHS09 en anglais). Chaque pictogramme correspond à une catégorie de danger physique, sanitaire ou environnemental (ONU/UNECE — Système général harmonisé SGH/GHS, annexes graphiques, et ECHA, pictogrammes de danger).
Pour les produits courants du travail du bois, les combinaisons de les plus fréquentes sont : SGH02 + SGH07 + SGH08 + SGH09 (solvants pétroliers et essence de térébenthine), SGH05 seul ou combiné (décapants chimiques). Les cires d’abeille pures et certaines huiles dures à base d’huile de lin polymérisée et de cires ne sont généralement pas classées lorsqu’elles ne contiennent pas de solvant volatil. Pour le détail, consulter notre recette d’encaustique maison et ses consignes de sécurité INRS.
Au-delà des pictogrammes, l’étiquette CLP comporte deux séries de phrases standardisées qui précisent la nature du danger et les conseils de prudence à respecter. Ces phrases sont identifiées par un code alphanumérique reconnaissable à première vue.
Les phrases H (Hazard) – mentions de danger
Une phrase H (en anglais Hazard statement) est une « mention de danger » au sens de l’article 2, point 5, du règlement CLP : la phrase décrit la nature du danger et, s’il y a lieu, son degré. Le code suit le format H + 3 chiffres, regroupé par grandes familles de danger (H2xx : dangers physiques ; H3xx : dangers pour la santé ; H4xx : dangers pour l’environnement).
Point essentiel de lecture : ce qui figure sur l’étiquette, c’est la phrase complète, libellée selon l’annexe III et dans la langue du marché (articles 21 et 17 du règlement CLP), le code n’étant qu’une référence. Autrement dit, sur une étiquette française, on doit lire la phrase complète en français, pas seulement le code.
- H225 – « Liquide et vapeurs très inflammables » : phrase typique des solvants comme l’alcool dénaturé et l’acétone.
- H315 – « Provoque une irritation cutanée » : phrase fréquente sur les solvants et les huiles essentielles.
- H319 – « Provoque une sévère irritation des yeux » : courant sur les détergents et solvants.
- H335 – « Peut irriter les voies respiratoires » : vapeurs de solvants en atelier mal ventilé.
- H336 – « Peut provoquer somnolence ou vertiges » : effets narcotiques de certaines vapeurs de solvants ; le toluène porte cette mention à l’annexe VI, alors que pour le white-spirit, la fiche de l’INRS rattache ces effets aux coupes en C9-C10 et ne range H336 que parmi les auto-classifications de certains fournisseurs.
- H410 – « Très toxique pour les organismes aquatiques, entraîne des effets néfastes à long terme » : fréquent sur les solvants pétroliers.
Les phrases P (Precautionary) – conseils de prudence
Symétriquement, chaque phrase P (en anglais Precautionary statement) est un « conseil de prudence » au sens de l’article 2, point 6 : une phrase décrivant les mesures recommandées pour prévenir ou réduire au minimum les effets néfastes d’une exposition, à l’utilisation ou à l’élimination. Le code suit le format P + 3 chiffres regroupé par grandes familles d’action : P1xx (généralités), P2xx (prévention), P3xx (intervention), P4xx (stockage), P5xx (élimination). Les libellés français cités ci-dessous sont ceux de l’annexe IV du règlement CLP dans sa version consolidée en vigueur, plusieurs fois modifiée depuis 2009.
- P210 – « Tenir à l’écart de la chaleur, des surfaces chaudes, des étincelles, des flammes nues et de toute autre source d’inflammation. Ne pas fumer » : phrase canonique pour les solvants inflammables.
- P280 – « Porter des gants de protection/des vêtements de protection/un équipement de protection des yeux/du visage » : équipements de protection individuelle.
- P303+P361+P353 – « EN CAS DE CONTACT AVEC LA PEAU (ou les cheveux) : Enlever immédiatement tous les vêtements contaminés. Rincer la peau à l’eau [ou se doucher] » : phrase combinée canonique en cas de projection cutanée, le texte entre crochets étant inclus lorsque le fournisseur le juge approprié.
- P331 – « NE PAS faire vomir » : conseil lié au danger d’aspiration H304.
- P403+P233 – « Stocker dans un endroit bien ventilé. Maintenir le récipient fermé de manière étanche » : stockage canonique pour solvants.
- P501 – « Éliminer le contenu/récipient dans… » : élimination du produit et du contenant via la filière agréée (déchèterie locale, point d’apport volontaire pour déchets dangereux des ménages).
Important historique : les /P ont remplacé l’ancien système des phrases R/S issu de la directive 67/548/CEE. Le système R/S reposait sur la directive 67/548/CEE, dont le droit de l’Union rappelle que « Cette législation a été abrogée au 1er juin 2015 » (EUR-Lex — Directive 67/548/CEE, abrogée par le règlement ). Tout produit commercialisé en Europe doit aujourd’hui porter exclusivement l’étiquetage CLP (phrases H/P) – les anciens étiquetages R/S ont théoriquement disparu depuis 2017, sauf sur d’anciens stocks d’invendus encore présents dans certains garages ou ateliers de bricolage.
Définition et obligation légale
La Fiche de Données de Sécurité (, en anglais Safety Data Sheet ou ) rassemble, pour une substance ou un mélange, les données relatives à ses propriétés, à ses dangers et aux précautions de manipulation, de stockage et d’élimination. C’est le document de référence le plus complet qui accompagne un produit chimique classé dangereux.
Son obligation légale en Europe relève du règlement REACH (Règlement (CE) n° 1907/2006), et plus précisément de son article 31 et de son annexe II : l’article 31 impose au fournisseur de remettre une fiche de données de sécurité au destinataire d’une substance ou d’un mélange dangereux, et l’annexe II en fixe le contenu, rubrique par rubrique (EUR-Lex — Règlement (CE) n° 1907/2006, article 31 et annexe II). L’article 31, paragraphe 5 y ajoute une exigence linguistique : la fiche est fournie dans une langue officielle de l’État membre où la substance ou le mélange est mis sur le marché, sauf disposition contraire de cet État. Pour la France, cela signifie qu’une FDS doit être disponible en français.
Les 16 sections normées
Le format d’une FDS est entièrement standardisé par le SGH et REACH : 16 sections obligatoires doivent figurer dans un ordre fixe, fixées par l’annexe II du règlement REACH (EUR-Lex — Règlement (CE) n° 1907/2006, annexe II) :
- Identification de la substance/du mélange et de l’entreprise
- Identification des dangers
- Composition / informations sur les composants
- Premiers secours
- Mesures de lutte contre l’incendie
- Mesures à prendre en cas de dispersion accidentelle
- Manipulation et stockage
- Contrôle de l’exposition / protection individuelle
- Propriétés physiques et chimiques
- Stabilité et réactivité
- Informations toxicologiques
- Informations écologiques
- Considérations relatives à l’élimination
- Informations relatives au transport
- Informations réglementaires
- Autres informations
Qui doit recevoir une FDS ?
La FDS doit être fournie automatiquement par le fournisseur professionnel au client professionnel qui acquiert une substance ou un mélange classé dangereux : industries, ateliers, entreprises de bâtiment, restaurateurs de mobilier, marchands de matériaux. Le particulier qui achète un produit en magasin de bricolage n’a pas systématiquement de FDS dans le carton : l’étiquette CLP du contenant joue alors le rôle d’information de premier niveau. Cependant, le particulier peut presque toujours demander la FDS au fournisseur ou la consulter sur le site internet du fabricant (la plupart des fabricants de produits chimiques publient leurs FDS en téléchargement libre).
Côté obligations, c’est au fournisseur de remettre la FDS (règlement REACH, article 31 — voir ci-dessus) ; côté bonnes pratiques, l’utilisateur a tout intérêt à la demander s’il ne l’a pas reçue, à la lire avant la première utilisation, et à la conserver au moins 10 ans : certaines pathologies professionnelles se déclarent des décennies après l’exposition.
Avant l’achat
Lire l’étiquette CLP avant l’achat. Identifier les présents et estimer si l’usage que vous prévoyez est compatible avec les (par exemple, un produit avec P403+P233 « Stocker dans un endroit bien ventilé. Maintenir le récipient fermé de manière étanche » est-il compatible avec votre garage non ventilé ?). Pour les produits couramment utilisés (huiles, vernis, solvants), consulter notre guide général sur les techniques de finition du bois avant de choisir un produit en rayon.
Au stockage
Respecter scrupuleusement les phrases P de stockage (P4xx). Pour les solvants inflammables (SGH02), un stockage frais et ventilé (P403 + P235) est impératif, à l’écart de la chaleur, des surfaces chaudes, des étincelles, des flammes nues et de toute autre source d’inflammation (P210). Conserver chaque produit dans son emballage d’origine, qui porte l’étiquette CLP ; jamais dans une bouteille alimentaire, même ré-étiquetée, qu’il soit classé ou non : un enfant lit la bouteille, pas l’étiquette (l’INRS le demande pour l’eau de Javel, FT 157).
À l’utilisation
Porter les équipements de protection individuelle (EPI) indiqués par les de prévention : gants de protection chimique adaptés au produit (nitrile pour les solvants pétroliers ; pour les solvants chlorés, que le nitrile arrête mal, multicouche ou alcool polyvinylique, d’après l’ED 112 de l’INRS) et lunettes de sécurité en cas de risque de projection. Un appareil filtrant porté contre les vapeurs de solvants organiques prend un filtre de type A pour un solvant qui bout au-dessus de 65 °C et un filtre de type AX, à usage unique, pour un solvant qui bout plus bas, d’après l’ED 6106 de l’INRS. Pour l’acétone, la fiche toxicologique n° 3 de l’INRS prescrit ce filtre AX ; pour le dichlorométhane, la fiche n° 34 prescrit le filtre AX et des gants multicouches Kemblock® ou Silver Shield® (PE/EVAL/PE) en contact prolongé, Viton® en contact intermittent ou en éclaboussure, en écartant le caoutchouc naturel, le nitrile, le néoprène, le Viton®/butyle et l’AlphaTec® 02-100. Prévoir dans tous les cas une aspiration des vapeurs à leur source d’émission et une ventilation du local. Ne pas manger, boire, fumer à proximité d’un produit ouvert ; ni flamme, ni surface atteignant 180 °C à proximité d’un solvant ouvert, l’auto-inflammation du white-spirit (CAS 8052-41-3) descendant à 180 °C selon la base CarAtex de l’INRS, une température qu’une résistance ou un carter d’outil atteint sans la moindre flamme. Écarter les enfants et les animaux du poste tant qu’un contenant est ouvert, puis refermer et ranger le produit hors de portée des enfants — en hauteur ou dans un placard fermé, dans son emballage d’origine, jamais dans une bouteille alimentaire : un contenant détourné supprime l’étiquette de danger et donne au produit l’apparence qui attire un enfant.
À l’élimination
Apporter les restes de produit, les chiffons souillés et les contenants vides à la déchèterie locale, en filière « déchets dangereux des ménages » (DDM, encore appelée DMS dans certaines communes). Ne jamais verser un solvant ou une huile dans l’évier, les WC ou un caniveau : les solvants du travail du bois portent couramment une mention de danger pour le milieu aquatique, et le réseau d’assainissement ne les retient pas. Ne jamais jeter un chiffon imbibé d’huile siccative à la poubelle ménagère : les deux voies de mise au rebut sont exclusives l’une de l’autre — les immerger dans un récipient métallique fermé rempli d’eau, la voie à privilégier ; ou, à défaut de point d’eau, les étendre à plat sur une surface incombustible. Dans les deux cas, le dépôt se fait en déchèterie. Le protocole complet est dans notre leçon dédiée sur la combustion spontanée des chiffons huilés.
Pour clore cet article, voici une lecture commentée de l’étiquetage des produits chimiques les plus fréquents dans le travail du bois. Ces informations sont génériques et doivent être confirmées sur l’étiquette précise du produit commercial que vous achetez (les formulations varient d’un fabricant à l’autre).
Huile de lin pure
L’huile de lin crue (Linum usitatissimum, CAS 8001-26-1) n’a aucune classification harmonisée à l’Annexe VI du règlement CLP, et son bidon ne porte généralement aucun de danger. Cette absence de pictogramme sur l’étiquette ne préjuge en rien de la combustion spontanée des chiffons imprégnés, qui s’échauffent en séchant par autoxydation exothermique — un danger majeur traité en détail, avec les trois règles de prévention, dans notre leçon dédiée : Combustion spontanée des chiffons huilés. Sur l’inventaire C&L de l’ECHA, l’huile crue n’est pas classée par 85,15 % de ses déclarants ; deux notifications minoritaires, à 0,21 % des déclarants chacune, lui donnent l’une Flam. Liq. 2 (H225) et Eye Irrit. 2 (H319), l’autre Pyr. Liq. 1 (H250). Une huile de lin dont l’étiquette porte des mentions de danger peut être une huile cuite additivée — la BLO —, dont le classement vient aussi de ses siccatifs métalliques, ou une huile crue que son fournisseur classe lui-même, comme le notifient 14,85 % des déclarants, surtout pour l’irritation des yeux (H319), la sensibilisation cutanée (H317) et l’irritation cutanée (H315) : c’est la du produit qui fait foi, pas la présente page.
Essence de térébenthine
L’essence de térébenthine, distillat de résine de pin, est un solvant inflammable et irritant. Son point d’éclair, de l’ordre de 35 °C, en fait un liquide inflammable (H226, « Liquide et vapeurs inflammables »), et ses vapeurs peuvent irriter la peau et les yeux, affecter les voies respiratoires et le système nerveux central en cas d’inhalation, voire le système rénal en cas d’ingestion (INRS, FT 132, essence de térébenthine ; ECHA, inventaire C&L). Étiquette typique : SGH02 + SGH07 + SGH08 + SGH09, mention d’avertissement DANGER, et les neuf mentions harmonisées de l’entrée 650-002-00-6 de l’Annexe VI (CAS 8006-64-2, EC 232-350-7) : H226 (liquide et vapeurs inflammables), H302 (nocif en cas d’ingestion), H312 (nocif par contact cutané), H332 (nocif par inhalation), H315 (provoque une irritation cutanée), H319 (provoque une sévère irritation des yeux), H317 (sensibilisation cutanée — peut provoquer une allergie cutanée), H304 (danger d’aspiration — peut être mortel en cas d’ingestion et de pénétration dans les voies respiratoires), H411 (toxique pour les organismes aquatiques, entraîne des effets néfastes à long terme). H336 (peut provoquer somnolence ou vertiges) ne figure ni à cette entrée ni dans les notifications de l’inventaire C&L de l’ECHA, actives ou inactives. Les notifications actives, onze des treize que compte l’inventaire, y ajoutent des classes que retient chacune une minorité de déclarants : Flam. Liq. 2 (H225) pour 12,06 %, Aquatic Chronic 1 (H410) pour 17,77 %, STOT SE 2 (H371) pour 7,06 % ; Aquatic Acute 1 (H400), Acute Tox. 3 par inhalation (H331), Carc. 2 (H351), Eye Irrit. 2A (H319), Skin Sens. 1B (H317) et Skin Mild Irrit. 3 (H315) ne sont notifiées chacune que par moins de 0,2 % des déclarants. Les conseils de prudence qui comptent ici sont P301 + P310 (EN CAS D’INGESTION : appeler immédiatement un CENTRE ANTIPOISON ou un médecin) et P331 (NE PAS faire vomir). Pour une ingestion de térébenthine, la fiche toxicologique n° 132 de l’INRS fait appeler immédiatement le 15, le SAMU, puis transférer la victime à l’hôpital en ambulance médicalisée. On ne lui fait jamais rien boire, même si elle est consciente, et on ne la fait jamais vomir ; si elle est inconsciente, on la place en position latérale de sécurité et on la réanime s’il y a lieu ; consciente, on la maintient au repos ; au besoin, avec des gants adaptés, on retire ses vêtements souillés et on lave sa peau et ses yeux immédiatement et abondamment à grande eau, au moins 15 minutes.
White-spirit (essence minérale)
Solvant pétrolier de substitution de la térébenthine, le white-spirit — que les fiches toxicologiques n° 324 et n° 325 de l’INRS répertorient sous le nom « naphta hydrotraité à point d’ébullition bas » — porte à l’annexe VI (649-330-00-2) Carc. 1B (H350), Muta. 1B (H340), STOT RE 1 (H372, système nerveux central) et Asp. Tox. 1 (H304), sous le SGH08 et la mention Danger ; la note P lève H350 et H340 quand il est établi que la coupe contient moins de 0,1 % en poids de benzène. La fiche n° 324 ajoute que certains fournisseurs complètent cette classification officielle par une auto-classification choisie parmi six éléments : H226, H315, H336, H361, H411 et EUH066. Sa toxicité par aspiration le rend particulièrement dangereux pour les enfants.
Cires d’abeille pures et encaustiques formulées
Les cires d’abeille pures (cire jaune brute, cire blanchie au soleil) ne sont généralement pas classées : ce sont des substances naturelles à très faible toxicité et faible inflammabilité (point d’éclair élevé). En revanche, une encaustique formulée avec de l’essence de térébenthine se classe par les règles des mélanges du CLP : elle est classée Asp. Tox. 1 (H304, SGH08) lorsqu’il existe sur le mélange lui-même des données fiables et de qualité, acquises par l’expérience sur l’homme (annexe I, 3.10.3.1), ou, d’après ses composants, lorsque ceux de catégorie 1 atteignent ensemble 10 % et que sa viscosité cinématique, mesurée à 40 °C, ne dépasse pas 20,5 mm²/s (annexe I, 3.10.3.3.1.2) ; ses autres pictogrammes se lisent sur son étiquette. Pour une préparation maison, consulter notre recette d’encaustique maison et ses consignes de sécurité.
Shellac (gomme laque dissoute)
La gomme laque dissoute dans de l’alcool dénaturé (shellac), classique du vernis au tampon ébéniste, se classe comme tout mélange d’après son propre point d’éclair et son point initial d’ébullition : liquide inflammable de catégorie 2 (H225, SGH02) si le premier est inférieur à 23 °C et le second supérieur à 35 °C (annexe I, tableau 2.6.1) ; ses autres mentions, qui dépendent du dénaturant, se lisent sur sa fiche de données de sécurité. L’éthanol est très volatil : travailler avec une aspiration des vapeurs à la source et une ventilation du local, à l’écart des sources d’inflammation.
Sources et lectures complémentaires — Toutes les sources citées dans cet article ont été ouvertes et lues à leur adresse officielle au moment de la rédaction, sauf la brochure ED 112 de l’INRS, lue le 22 septembre 2026, la fiche CarAtex du white-spirit, relue le 12 octobre 2026, la brochure ED 6106 de l’INRS, lue le 21 septembre 2026, les fiches toxicologiques n° 3 et n° 34 de l’INRS, lues le 4 octobre 2026, et l’inventaire C&L de l’ECHA pour l’essence de térébenthine et l’huile de lin crue, lu notification par notification le 5 octobre 2026. Les liens étaient actifs et leur contenu confirmait les citations associées.
Sources
- EUR-Lex — Règlement (CE) n° 1272/2008 (CLP) (nouvelle fenêtre) — Texte de référence du règlement CLP, publié au JOUE L 353 du 31 décembre 2008, entré en vigueur le 20 janvier 2009, échéances de transition en 2010, 2015 et 2017.
- EUR-Lex — Règlement (CE) n° 1907/2006 (REACH) (nouvelle fenêtre) — Fondement de la fiche de données de sécurité, article 31 et annexe II, exigence linguistique de l’article 31 paragraphe 5, format normé en 16 sections.
- EUR-Lex — Directive 67/548/CEE (abrogée) (nouvelle fenêtre) — Ancien système de phrases R/S, abrogé au 1er juin 2015 et remplacé par les mentions H et les conseils P du CLP.
- ONU/UNECE — Système général harmonisé de classification et d’étiquetage (SGH/GHS) — Cadre onusien issu de la Conférence de Rio de 1992, première édition 2003, onzième édition révisée en 2025, 9 pictogrammes SGH01 à SGH09, mentions de danger H et conseils de prudence P.
- ECHA — fiche substance de l’essence de térébenthine (turpentine oil), CAS 8006-64-2, entrée 650-002-00-6 (nouvelle fenêtre) — le dossier tenu par l’Agence européenne des produits chimiques pour la substance que cette leçon prend en exemple : classification harmonisée et mentions notifiées.
- INRS — fiches toxicologiques, la base de données (nouvelle fenêtre) — Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles : chaque fiche toxicologique de sa base fait la synthèse des dangers d’une substance ou d’un groupe de substances, rappelle les textes réglementaires et donne les recommandations de prévention technique et médicale.
- ANSES (nouvelle fenêtre) — comité d’experts spécialisé « Substances chimiques visées par les règlements REACh et CLP » : l’instance qui appuie l’Agence sur le règlement (CE) n° 1907/2006 et sur le règlement (CE) n° 1272/2008.
- Légifrance (nouvelle fenêtre) — Service public de la diffusion du droit. Accès aux textes européens, directives, mesures de transposition.
- INRS — Base CarAtex, fiche « White-spirit », CAS 8052-41-3 (nouvelle fenêtre) — température d’auto-inflammation 180 °C et point d’éclair 30-65 °C en coupelle fermée : le critère de température que cette leçon ajoute à ses consignes d’utilisation.
- INRS — ED 112, Des gants contre les risques chimiques (nouvelle fenêtre) — tableau indicatif de résistance chimique et notes par matériau : le nitrile a une faible résistance aux cétones et aux produits halogénés (chlorés, fluorés), l’alcool polyvinylique (PVA) et les laminés multicouches tiennent les hydrocarbures chlorés ; la référence du choix de gant que cette leçon donne à l’utilisation.
- INRS — ED 6106, Les appareils de protection respiratoire : choix et utilisation (nouvelle fenêtre) — tableau 3 des filtres anti-gaz de la norme EN 14387 : type A pour les gaz et vapeurs organiques dont le point d’ébullition dépasse 65 °C, type AX, à usage unique, pour les composés organiques qui bouillent plus bas ; la règle du filtre que cette leçon donne à l’utilisation.
- INRS — Fiche toxicologique n° 3, acétone (nouvelle fenêtre) — recommandations : un appareil filtrant, s’il peut être utilisé, est muni d’un filtre de type AX ; l’exemple de solvant à bas point d’ébullition que cette leçon cite.
- INRS — Fiche toxicologique n° 34, dichlorométhane (nouvelle fenêtre) — recommandations : un appareil filtrant, s’il peut être utilisé, est muni d’un filtre de type AX ; la fiche donne aussi les gants à porter pour un contact prolongé ou intermittent et ceux à éviter, que cette leçon reprend.
- ECHA CHEM — inventaire C&L, « Turpentine, oil », EC 232-350-7 : classifications notifiées par l’industrie (nouvelle fenêtre) — les treize notifications de l’essence de térébenthine, onze actives et deux inactives, chacune avec ses classes et la part des déclarants qui la retient.
- ECHA CHEM — inventaire C&L, « Linseed oil », EC 232-278-6 : classifications notifiées par l’industrie (nouvelle fenêtre) — les six notifications de l’huile de lin crue, toutes actives : la part des déclarants qui ne la classent pas et les classes que retiennent les autres.