Reconnaître l’essence d’un bois n’est pas une coquetterie d’érudit : c’est ce qui décide, en amont, du produit qu’on posera dessus. Densité, porosité, composition chimique varient d’une essence à l’autre et commandent les huiles, les cires et les techniques de finition compatibles — un acajou, un teck et un noyer n’appellent pas le même traitement qu’un pin sylvestre. Pour l’artisan, le restaurateur ou le collectionneur, l’identification est aussi un préalable légal et patrimonial : elle conditionne le respect de la réglementation sur le commerce du bois et la juste valeur d’une pièce ancienne. Ce catalogue de référence rassemble les repères qui permettent d’orienter cette lecture, des critères visibles à l’œil nu jusqu’aux méthodes de laboratoire.
L’identification est également devenue une obligation légale dans l’Union européenne. Le Règlement bois UE n° 995/2010, adopté le 20 octobre 2010, entré en vigueur le 2 décembre 2010 et applicable depuis le 3 mars 2013, impose aux opérateurs qui mettent du bois sur le marché européen de documenter « l’espèce, le pays de récolte, la quantité et les informations de conformité du fournisseur » (Wikipedia, EU Timber Regulation — https://en.wikipedia.org/wiki/EU_Timber_Regulation). À noter que ce régime est appelé à être remplacé par le Règlement (UE) 2023/1115 (EUDR), applicable le 30 décembre 2026 pour les grandes et moyennes entreprises, et le 30 juin 2027 pour les micro et petites entreprises. Pour les bois précieux tropicaux, la Convention (Convention on International Trade in Endangered Species of Wild Fauna and Flora), signée le 3 mars 1973 et entrée en vigueur le 1er juillet 1975, ajoute un régime de permis pour les espèces inscrites à ses annexes (Wikipedia, CITES — https://en.wikipedia.org/wiki/CITES).
Cet article propose un catalogue de référence documenté à partir de sources publiques vérifiées : la base technologique CIRAD Tropix (245 essences forestières — https://tropix.cirad.fr/), The Wood Database d’Eric Meier (environ 600 espèces — https://www.wood-database.com/), l’USDA Forest Products Laboratory (laboratoire fédéral de recherche bois fondé en 1910 à Madison, Wisconsin — https://en.wikipedia.org/wiki/Forest_Products_Laboratory) et l’Institut technologique FCBA (Forêt Cellulose Bois-construction Ameublement, héritier du CTBA et de l’AFOCEL — https://fr.wikipedia.org/wiki/Institut_technologique_FCBA). Nous ne prétendons pas remplacer une expertise xylologique de terrain : ce guide est un point d’entrée bibliographique, à compléter par l’observation directe et, pour les cas complexes, par une consultation d’expert.
Critères visuels macroscopiques : la première lecture
Avant toute microscopie ou analyse chimique, l’identification commence à l’œil nu et à la loupe (un grossissement × 10 suffit le plus souvent). Cinq paramètres macroscopiques structurent cette première lecture, et c’est elle qui, dans l’immense majorité des cas, donne déjà la réponse.
Cœur et aubier (duramen et alburnum)
Le tronc d’un arbre comporte deux zones distinctes. Le (ou cœur) est « la masse principale du tronc, formant le bois parfait », composé de cernes anciens aux cellules mortes et lignifiées ; il est généralement plus foncé que la couche externe (Wikipedia FR, Bois — https://fr.wikipedia.org/wiki/Bois). L’ (alburnum) constitue les « couches concentriques de cellules non encore lignifiées formant un bois encore imparfait », où circule la sève, et qui se transforme progressivement en duramen sur 4 à 20 ans selon les essences.
Le contraste entre cœur et aubier est un premier indice fort : très marqué chez le noyer (cœur brun chocolat à noir, aubier crème), il est en revanche peu visible chez le hêtre ou l’érable, dont les deux zones restent proches en teinte.
Cernes annuels et anatomie saisonnière
Dans les climats tempérés, l’alternance des saisons produit des cernes annuels bien visibles. Chaque cerne contient un bois de printemps (earlywood), tendre, à larges vaisseaux, puis un bois d’été (latewood), plus dense, à parois cellulaires épaisses qui apportent la résistance mécanique (Wikipedia, Wood — https://en.wikipedia.org/wiki/Wood). Les bois tropicaux à croissance continue présentent en revanche souvent des cernes très peu marqués, voire absents.
Distinction feuillus / résineux
La distinction botanique fondamentale oppose les (angiospermes : chêne, hêtre, noyer, frêne…) aux (gymnospermes : pin, sapin, épicéa…). Wikipedia FR rappelle que les résineux ont une structure « homoxylée composée de trachéides », tandis que les feuillus sont « hétéroxylés, où les fonctions de soutien et de conduction sont effectuées par des cellules différentes » (Wikipedia FR, Bois — https://fr.wikipedia.org/wiki/Bois). Contrairement à une croyance répandue, « les feuillus ne sont pas nécessairement durs, et les résineux ne sont pas nécessairement tendres » (Wikipedia, Wood — https://en.wikipedia.org/wiki/Wood) : le balsa (feuillus) est plus tendre que la plupart des résineux commerciaux ; l’if (résineux) dépasse en dureté beaucoup de feuillus.
Grain et figure
Le grain désigne « la disposition longitudinale des fibres ligneuses, ou le motif qui en résulte » (Wikipedia, Wood grain — https://en.wikipedia.org/wiki/Wood_grain). On distingue :
- Grain droit (parallèle à l’axe du tronc) : chêne, noyer, frêne — facile à travailler.
- Grain spiralé : l’iroko, le bubinga présentent souvent cette torsion.
- Grain contrefil (interlocked) : spiralé avec inversions périodiques ; produit la figure rubanée sur quartier de l’acajou — « les bois les plus difficiles à travailler ».
- Grain ondulé (wavy) : visible sur dosse, base des figures dites « frisé » ou « fiddleback » recherchées en lutherie.
- Grain irrégulier : tourbillons autour de nœuds, loupes, ronces — très prisé en marqueterie.
Les figures spéciales (œil-de-perdrix sur érable bird’s eye, maillure du chêne sur quartier, ronce de noyer) augmentent considérablement la valeur commerciale.
Densité et dureté Brinell
La densité (masse volumique à 12 % d’humidité, exprimée en g/cm³ ou kg/m³) est l’un des critères d’identification les plus fiables et les plus simples à mesurer (volume immergé + balance de précision). L’échelle de dureté Brinell, normalisée pour mesurer la pénétration d’une bille sous charge contrôlée, donne une indication complémentaire : les résineux mesurent typiquement 1,6 HBS 10/100 et les feuillus 2,6 à 7,0 HBS 10/100 (Wikipedia, Brinell scale — https://en.wikipedia.org/wiki/Brinell_scale).
Essences européennes courantes : un catalogue de référence
Les essences indigènes du domaine européen forment l’essentiel du patrimoine mobilier français et de la production forestière contemporaine. Voici les sept feuillues et les trois résineuses que l’on rencontre le plus souvent en restauration, chacune avec ses repères d’identification.
Chêne pédonculé — Quercus robur
Le chêne pédonculé (« pedunculate oak », « English oak », « common oak », « European oak ») est « natif de la majeure partie de l’Europe et de l’Asie occidentale », pour une densité d’environ 720 kg/m³ (Wikipedia, Quercus robur — https://en.wikipedia.org/wiki/Quercus_robur). Le genre Quercus compte « environ 450 espèces d’arbres et arbustes ornementaux et de bois d’œuvre », réparties en chênes blancs (sans soie à l’apex des lobes), chênes rouges (à soie) et un troisième groupe asiatique (Britannica, Oak — https://www.britannica.com/plant/oak). Le bois de chêne, présentant une maillure caractéristique sur quartier (rayons médullaires très développés), est utilisé « dans la construction, le parquet, le mobilier, la menuiserie, la tonnellerie et la production de traverses ».
Identification : cœur brun jaunâtre à brun, blanc grisâtre nettement contrasté, vaisseaux du bois de printemps très larges visibles à l’œil nu sur coupe transversale, rayons médullaires donnant la maillure sur coupe radiale.
Hêtre commun — Fagus sylvatica
Le hêtre européen, indigène « de la Suède, du Danemark et de la Norvège jusqu’au sud de l’Angleterre, à l’Espagne, l’Italie et la Turquie nord-occidentale », présente la même densité moyenne que le chêne : environ 720 kg/m³ (Wikipedia, Fagus sylvatica — https://en.wikipedia.org/wiki/Fagus_sylvatica). Son bois « est facile à imprégner, teinter, vernir et coller », qualité qui le rend précieux pour la fabrication mobilière et le parquet.
Identification : couleur claire homogène crème à rosé pâle, cernes peu marqués, rayons médullaires courts et nombreux visibles sur quartier sous forme de petites paillettes (figure caractéristique dite « piqué de mouches »).
Noyer commun — Juglans regia
Le noyer commun (aussi appelé noyer royal ou noyer de Perse), originaire d’Eurasie « du sud-ouest et de l’Asie centrale et de l’Europe du sud-est », est l’un des bois les plus prisés en ébénisterie fine (Wikipedia, Juglans regia — https://en.wikipedia.org/wiki/Juglans_regia). Le est décrit comme « un lourd, dur et à pores ouverts » : il « commence avec une teinte moutarde qui fonce vers le brun en quelques jours » après débit. Le bois sec varie du brun chocolat au noir, l’ restant crème ou tan. Les figures dites ronceuses (curly) ou œil-de-perdrix (bird’s eye) sont particulièrement recherchées.
Le noyer est « apprécié des ébénistes fins pour sa durabilité, sa brillance et sa chatoyance », utilisé pour les parquets haut de gamme, les guitares, le mobilier, les placages, les pommeaux et les crosses d’armes.
Châtaignier — Castanea sativa
Le châtaignier européen, originaire du sud de l’Europe et d’Anatolie, présente une densité d’environ 560 kg/m³ et démontre « une bonne durabilité en contact avec le sol, ce qui le rend adapté aux applications extérieures » (Wikipedia, Castanea sativa — https://en.wikipedia.org/wiki/Castanea_sativa). Riche en tanins, son bois a été historiquement façonné en mobilier, en tonneaux (notamment pour le vieillissement du vinaigre balsamique) et en poutres de charpente, courantes dans les habitations méridionales (Alpujarra espagnole, sud de la France).
Identification : aspect proche du chêne mais avec absence de rayons médullaires apparents (pas de maillure sur quartier), cernes nettement marqués, couleur brun jaunâtre.
Frêne commun — Fraxinus excelsior
Le frêne européen, natif « de l’Europe continentale du nord de l’Espagne à la Russie », offre une densité de 710 kg/m³ et un bois « dur, tenace et très résistant à l’usure, à grain grossier et ouvert », de couleur blanc crémeux à brun clair, le duramen pouvant tirer vers le brun olive (Wikipedia, Fraxinus excelsior — https://en.wikipedia.org/wiki/Fraxinus_excelsior). Ses applications traditionnelles incluent les manches d’outils (marteaux, haches), les arcs et l’équipement sportif (raquettes de tennis, queues de billard), la construction aéronautique et automobile, les cadres de chaises, les pommeaux de cannes et les hurleys du jeu irlandais de hurling. L’IUCN classe aujourd’hui l’espèce comme « quasi menacée » en raison de la chalarose.
Merisier — Prunus avium
Le merisier (cerisier sauvage), de la famille des Rosaceae, est natif « de l’Europe, de l’Anatolie, du Maghreb et de l’Asie occidentale » (Wikipedia, Prunus avium — https://en.wikipedia.org/wiki/Prunus_avium). Son bois « dur, brun rougeâtre » possède une valeur commerciale significative pour le tournage, le mobilier et la fabrication d’instruments. Très apprécié dans le mobilier provincial français du XVIIIe siècle, il développe une patine chaude qui s’intensifie avec les années.
Pin sylvestre — Pinus sylvestris
Le pin sylvestre (« Scots pine », « Baltic pine », « pin de Riga »), le plus répandu en Eurasie, présente une densité d’ d’environ 470 kg/m³ (variable selon les conditions de croissance) (Wikipedia, Pinus sylvestris — https://en.wikipedia.org/wiki/Pinus_sylvestris). Historiquement, il a fourni la matière première de l’industrie du goudron de bois préindustrielle, ainsi que la colophane et l’essence de térébenthine. Le bois — appelé « red deal » ou « yellow deal » — est largement utilisé en construction générale et en pâte à papier. Il est l’arbre national de l’Écosse et figure sur l’héraldique de plusieurs clans.
Sapin pectiné — Abies alba
Le sapin pectiné, indigène « des montagnes d’Europe, des Pyrénées au nord de la Normandie, à travers les Alpes et les Carpates jusqu’à la Slovaquie, la Slovénie, l’Italie, la Bulgarie et la Grèce du nord », produit un bois « résistant, léger, de couleur claire, à grain fin et à fibres longues » (Wikipedia, Abies alba — https://en.wikipedia.org/wiki/Abies_alba). Son nom latin alba signifie « blanc lumineux » et désigne la pâleur caractéristique de son bois. Usages : construction, mobilier, contreplaqué, pâte à papier, fûts de vin (depuis l’époque romaine).
Épicéa commun — Picea abies
L’épicéa commun, originaire « de l’Europe du Nord, du Centre et de l’Est », produit un bois tendre dont l’usage le plus prestigieux est la lutherie : « il est estimé comme source de tonewood par les facteurs d’instruments à cordes, et est couramment utilisé pour les violons » (Wikipedia, Picea abies — https://en.wikipedia.org/wiki/Picea_abies). Une forme alpine appelée Haselfichte a été historiquement utilisée par Stradivarius. Autres usages : arbres de Noël, pâte à papier, isolants, et le célèbre conditionnement du Mont d’Or franc-comtois.
Essences tropicales fréquemment rencontrées : catalogue + contexte légal
Les essences tropicales arrivent en Europe via les filières d’importation et sont fréquemment rencontrées en restauration de mobilier des XIXe et XXe siècles. Leur identification implique non seulement la reconnaissance physique mais aussi la vérification du statut réglementaire au regard de l’ et de la .
Acajou africain — Khaya ivorensis
Le Khaya ivorensis A.Chev., natif de « l’Afrique occidentale et centrale (Angola, Cameroun, Côte d’Ivoire, Gabon, Ghana, Libéria, Nigeria), dans les forêts pluviales de basse altitude », produit un bois « durable adapté au mobilier et aux panneaux » (Wikipedia, Khaya ivorensis — https://en.wikipedia.org/wiki/Khaya_ivorensis). L’arbre, atteignant 40 à 50 mètres, est classé « vulnérable » sur la liste rouge IUCN en raison de la perte d’habitat. Couleur du : rose à rouge sombre, fonçant vers le brun en vieillissant.
Teck — Tectona grandis
Le teck est « natif de l’Asie du Sud et du Sud-Est, principalement du Bangladesh, de l’Inde, de l’Indonésie, de la Malaisie, du Myanmar, de la Thaïlande et du Sri Lanka », pour une densité de 660 kg/m³ à 15 % d’humidité (Wikipedia, Tectona grandis — https://en.wikipedia.org/wiki/Tectona_grandis). Sa caractéristique distinctive : « La haute teneur en huile, la haute résistance à la traction et le grain serré du teck le rendent particulièrement adapté lorsque la résistance aux intempéries est désirée. » Le teck a été utilisé « comme matériau de construction navale depuis plus de 2 000 ans », et reste l’essence de référence pour le mobilier d’extérieur. L’IUCN le classe « en danger ».
Iroko — Milicia excelsa
L’iroko (famille des Moraceae), « répandu en Afrique occidentale, orientale et centrale tropicales, de la Guinée-Bissau à l’ouest jusqu’au Mozambique à l’est », produit « un bois dur dense et durable de couleur brun foncé » qui résiste aux termites (Wikipedia, Milicia excelsa — https://en.wikipedia.org/wiki/Milicia_excelsa). Souvent commercialisé sous l’appellation « teck africain », l’iroko est utilisé en construction, mobilier, parquet et construction navale, en substitution du teck véritable. L’IUCN le classe « quasi menacé ».
Padouk — Pterocarpus soyauxii
Le padouk d’Afrique (Pterocarpus soyauxii Taub.), natif « de l’Afrique centrale et tropicale occidentale, du Nigeria à l’est jusqu’au Congo-Kinshasa et au sud jusqu’à l’Angola », offre une coloration spectaculaire : « rouge à l’abattage, devenant pourpre-brun à l’exposition à la lumière », pour une densité de 0,79 g/cm³ (Wikipedia, Pterocarpus soyauxii — https://en.wikipedia.org/wiki/Pterocarpus_soyauxii). Très valorisé pour les tambours africains, les guitares acoustiques et électriques. Sur le plan réglementaire, toutes les espèces africaines de Pterocarpus ont été inscrites à l’Annexe II de la lors de la CoP19 (2022), annotation #17, soumettant leur commerce à permis d’exportation ou de réexportation. Attention : la poussière « peut déclencher des dermatites chez les individus sensibles ».
Wenge — Millettia laurentii
Le wenge est « natif de la République du Congo, de la République démocratique du Congo, du Cameroun, du Gabon et de la Guinée équatoriale » (Wikipedia, Millettia laurentii — https://en.wikipedia.org/wiki/Millettia_laurentii). Il s’agit « d’un bois tropical, très foncé, à figure et motif distinctifs », lourd et dur, adapté aux parquets et escaliers, prisé en lutherie et tournage. L’IUCN le classe « en danger », ce qui le rend particulièrement sensible aux contrôles . La poussière de coupe peut déclencher dermatites et irritations oculaires.
Palissandre et bois de rose — Dalbergia spp.
Le terme « bois de rose » recouvre plusieurs espèces du genre Dalbergia : D. latifolia (bois de rose d’Inde orientale), D. maritima (bois de rose de Madagascar), D. cochinchinensis (palissandre siamois) (Wikipedia FR, Bois de rose — https://fr.wikipedia.org/wiki/Bois_de_rose). Dalbergia decipularis — longtemps confondu avec D. frutescens, dont il est aujourd’hui distingué comme espèce à part entière — a été abondamment utilisé en marqueterie au XVIIIe siècle. L’ensemble du genre Dalbergia est inscrit à l’Annexe II de la CITES depuis 2017, ce qui impose un permis d’importation pour tout commerce international : la vigilance est ici maximale. Pour la parfumerie, la source est Aniba rosaeodora (Lauraceae) d’Amazonie, espèce menacée par la surexploitation.
Méthodes d’identification scientifique : au-delà de l’œil
Lorsque l’observation macroscopique ne suffit pas (échantillon altéré, espèces voisines, contexte expertise judiciaire ou douanière), les xylologues mobilisent un arsenal de techniques scientifiques.
Anatomie microscopique — la référence scientifique
L’examen microscopique des trois plans anatomiques (transversal, radial, tangentiel) reste la méthode de référence. Wikipedia décrit l’anatomie du bois comme « une sous-discipline scientifique de la science du bois, qui examine les variations des caractéristiques anatomiques du xylème » (Wikipedia, Wood anatomy — https://en.wikipedia.org/wiki/Wood_anatomy). Les caractères analysés incluent : « les dimensions des lumens et l’épaisseur des parois des cellules conductrices (trachéides, vaisseaux), les fibres et diverses propriétés des rayons ». Les se distinguent par la présence d’éléments vasculaires (vaisseaux ou pores), absents chez les .
Eric Meier souligne dans son Wood Identification Guide : « Aucune autre technique d’identification précise du bois n’est aussi utile et concluante que l’examen du bois de bout (endgrain). » (Wood Database, Wood Identification Guide — https://www.wood-database.com/wood-articles/wood-identification-guide/) L’opération requiert une préparation soignée (lame de rasoir affûtée, surface humectée, grossissement × 10 minimum) et l’observation des cellules anatomiques caractéristiques.
Bases de données techniques : CIRAD Tropix, Wood Database, USDA FPL
Trois ressources publiques structurent la documentation mondiale :
Sources
- CIRAD Tropix 7 (version 7.5.1, mai 2015, DOI assigné en 2017) — « 245 essences forestières tropicales et tempérées », fiches techniques couvrant noms botanique et vernaculaire, distribution géographique, propriétés macroscopiques, caractéristiques physico-mécaniques, durabilité biologique, comportement au séchage, propriétés d’usinage, classifications commerciales
- The Wood Database (Eric Meier, 2008-2026) — environ 600 espèces, articles spécifiques sur l’anatomie des feuillus et des résineux, distinction Red Oak/White Oak, « Mahogany Mixups »
- USDA Forest Products Laboratory (Madison, Wisconsin, fondé en 1910) — organisme fédéral américain, mission « promouvoir des forêts saines et des économies forestières par l’utilisation efficace et durable des ressources en bois de la Nation »
Spectroscopie NIR, ADN forensique et apprentissage automatique
Les techniques émergentes complètent l’anatomie classique :
- Spectroscopie proche infrarouge (NIR) : signature chimique non destructive, utilisée pour distinguer espèces voisines (Dalbergia spp., par exemple).
- ADN forensique : prélèvement et séquençage pour l’expertise .
- Apprentissage automatique : applications mobiles entraînées sur images d’endgrain, en cours de validation par les douanes européennes.
Pour le restaurateur ou le collectionneur, ces techniques restent généralement réservées aux laboratoires spécialisés ; il est néanmoins utile de connaître leur existence pour pouvoir orienter une expertise lorsqu’un cas litigieux se présente (héritage à provenance incertaine, suspicion de bois illégal).
Contexte légal : et CITES — ce que tout artisan doit savoir
Le Règlement bois UE 995/2010 (EUTR)
Le Règlement (UE) n° 995/2010 du Parlement européen et du Conseil, adopté le 20 octobre 2010, entré en vigueur le 2 décembre 2010 et applicable depuis le 3 mars 2013, établit trois exigences fondamentales pour les opérateurs mettant du bois sur le marché européen (Wikipedia, EU Timber Regulation — https://en.wikipedia.org/wiki/EU_Timber_Regulation) :
- Collecte d’informations : documenter espèce, pays de récolte, quantité, informations de conformité du fournisseur.
- Évaluation du risque : évaluer la probabilité de bois illégalement récolté selon des critères dont « la prévalence de la récolte illégale d’espèces spécifiques » et la complexité de la chaîne d’approvisionnement.
- Atténuation du risque : lorsque des risques sont identifiés, obtenir une vérification supplémentaire ou une confirmation tierce de la légalité.
Les commerçants doivent également conserver la trace de leurs fournisseurs et clients. Le règlement s’applique à toute la chaîne, de l’importateur au revendeur intra-européen. Ce dispositif est progressivement remplacé par le Règlement (UE) 2023/1115 (EUDR), applicable le 30 décembre 2026 pour les grandes et moyennes entreprises, et le 30 juin 2027 pour les micro et petites entreprises, qui étend les obligations de diligence raisonnée à la lutte contre la déforestation.
La Convention CITES — 185 parties, plus de 40 900 espèces
La Convention CITES, signée à Washington le 3 mars 1973 et entrée en vigueur le 1er juillet 1975, compte en juin 2025 « 185 parties, dont 184 États et l’Union européenne », et protège « plus de 40 900 espèces » (Wikipedia, CITES — https://en.wikipedia.org/wiki/CITES). Parmi les essences de bois inscrites figurent :
- Annexe II : Swietenia macrophylla (acajou à grandes feuilles, mahogany), Guaiacum officinale (gaïac, lignum vitae), genre Dalbergia entier depuis 2017 (palissandres, bois de rose), Aniba rosaeodora (bois de rose d’Amazonie, inscrite à l’Annexe II depuis la CoP15, en vigueur le 23 juin 2010).
- Annexe I : Dalbergia nigra (palissandre de Rio), seule essence ligneuse de cette liste inscrite à l’Annexe I.
L’Annexe II implique un permis d’exportation ; l’Annexe I un permis d’importation et d’exportation. Tout artisan qui restaure ou acquiert un meuble ancien contenant ces essences doit pouvoir justifier la provenance pré-convention.
Outils + ressources pour identification au quotidien
Pour l’artisan ou l’amateur souhaitant développer sa pratique d’identification, voici les ressources les plus accessibles :
Documents de référence
- CIRAD Tropix (gratuit, en ligne) : fiches PDF téléchargeables, recherche multicritère (https://tropix.cirad.fr/).
- The Wood Database (gratuit, en ligne, anglophone) : photos macro haute résolution, fiches très détaillées (https://www.wood-database.com/).
- USDA FPL : publications scientifiques téléchargeables sur l’utilisation et l’identification du bois.
Institutions françaises
- FCBA (Institut technologique Forêt Cellulose Bois-construction Ameublement) : budget ~29,6 millions d’euros (2024), 282 salariés, siège à Champs-sur-Marne ; expertise normative et certifications (Wikipedia FR, FCBA — https://fr.wikipedia.org/wiki/Institut_technologique_FCBA).
- Institut pour les Savoir-Faire Français (INMA) : 198 métiers d’art répertoriés dans 16 domaines, annuaire professionnel, accompagnement à la formation (https://institut-savoirfaire.fr/). Mission : « Faire rayonner, faire perdurer et faire grandir les savoir-faire d’exception ».
Outils pratiques
- Loupe × 10 (grossissement standard recommandé par les xylologues)
- Balance de précision (au gramme) + récipient gradué pour mesure de densité par immersion
- Lame de rasoir neuve pour préparation de bois de bout
- Lampe UV (fluorescence caractéristique pour certaines essences)
- Pied à coulisse pour mesures dimensionnelles
Articles connexes sur ce site
Pour approfondir votre pratique d’entretien adaptée à chaque essence identifiée :
- Entretien du Bois au Quotidien (/documentation/entretien-bois) — huiles siccatives et cires adaptées à chaque essence.
- Techniques traditionnelles de finition du bois (/documentation/techniques-finition) — cire à chaud, vernis au tampon et gomme-laque selon l’essence.
- Histoire des cires et encaustiques (/savoir-faire/cires-naturelles-deep/histoire-cires-encaustiques) — deux millénaires de finitions documentées sur bois.
Note de méthodologie éditoriale
- Wikipedia EN — EU Timber Regulation (https://en.wikipedia.org/wiki/EU_Timber_Regulation)
- Wikipedia EN — CITES (https://en.wikipedia.org/wiki/CITES)
- CIRAD Tropix — Base technologique des essences forestières (https://tropix.cirad.fr/)
- The Wood Database — Eric Meier (https://www.wood-database.com/)
- Wikipedia EN — USDA Forest Products Laboratory (https://en.wikipedia.org/wiki/Forest_Products_Laboratory)
- Wikipedia FR — Institut technologique FCBA (https://fr.wikipedia.org/wiki/Institut_technologique_FCBA)
- Wikipedia FR — Bois (https://fr.wikipedia.org/wiki/Bois)
- Wikipedia EN — Wood (https://en.wikipedia.org/wiki/Wood)
- Wikipedia EN — Wood grain (https://en.wikipedia.org/wiki/Wood_grain)
- Wikipedia EN — Wood anatomy (https://en.wikipedia.org/wiki/Wood_anatomy)
- Wikipedia EN — Brinell scale (https://en.wikipedia.org/wiki/Brinell_scale)
- Wikipedia EN — Quercus robur, Fagus sylvatica, Juglans regia, Castanea sativa, Fraxinus excelsior, Prunus avium, Pinus sylvestris, Abies alba, Picea abies
- Wikipedia EN — Khaya ivorensis, Tectona grandis, Milicia excelsa, Pterocarpus soyauxii, Millettia laurentii
- Wikipedia FR — Bois de rose (https://fr.wikipedia.org/wiki/Bois_de_rose)
- Britannica — Oak (https://www.britannica.com/plant/oak)
- Wood Database — Wood Identification Guide (https://www.wood-database.com/wood-articles/wood-identification-guide/)
- Institut pour les Savoir-Faire Français (INMA) (https://institut-savoirfaire.fr/)