Trois cires, trois origines, trois propriétés
Une abeille, un olivier, un palmier brésilien : voilà résumées les trois cires que l’on retrouve dans à peu près tous les cirages naturels du commerce. On les présente souvent comme interchangeables, ce qu’elles ne sont pas. Notre article-pivot sur les huiles et les cires posait déjà la grande frontière chimique : d’un côté les huiles siccatives, qui polymérisent par autoxydation et durcissent pour de bon ; de l’autre les cires, qui se déposent par fusion puis recristallisation, et restent réversibles. Le présent article reste du côté des cires et les sépare finement — car derrière une étiquette « cire naturelle », le comportement réel dépend entièrement de la cire dont il s’agit.
Les trois partagent une même grammaire chimique : des esters d’acides gras à longue chaîne, des hydrocarbures, des alcools gras. Mais leurs origines — animale pour l’abeille, végétale et transformée pour l’olive, végétale et foliaire pour le — creusent des écarts considérables de dureté, de et de statut réglementaire. C’est précisément cet écart qui décide, en pratique, si une cire entrera dans une encaustique d’atelier, ou si elle conviendra à une planche à découper ou à une carrosserie.
Une précision avant d’entrer dans le détail : ce qui suit est une synthèse documentaire de chimie comparée, et rien d’autre. Aucune mesure ni test propriétaire de tenue dans le temps n’a été conduit. Les compositions, points de fusion, classifications de qualité alimentaire et chiffres de production cités proviennent de la documentation publique référencée (la Pharmacopée européenne (monographies Cera flava et ) et la littérature de chimie analytique des cires ; Règlement UE n° 231/2012 ; Codex Alimentarius ; EFSA ; ECHA).
Origine biologique et formation
La cire d’abeille est une sécrétion glandulaire produite par les abeilles ouvrières du genre Apis, principalement Apis mellifera, l’abeille domestique européenne. Chez l’ouvrière, la production de cire atteint son pic vers le douzième jour de vie : les glandes nourricières s’atrophient progressivement tandis que les glandes cirières se développent, marquant une transition fonctionnelle dans la vie de la jeune ouvrière.
Sur le plan anatomique, la cire est sécrétée par huit glandes cirières « en miroir » situées sur la face interne des sternites (la plaque ventrale de chaque segment du corps), sur les segments abdominaux 4 à 7. L’ouvrière produit ainsi de petites écailles de cire qu’elle mastique et applique pour construire et étendre les rayons (alvéoles hexagonaux) du nid.
Composition chimique
La cire d’abeille est un mélange complexe d’esters d’acides gras et d’alcools à longue chaîne. La formule chimique générique approximative rapportée dans la littérature de chimie des cires est C15H31COOC30H61, avec une composition typique répartie comme suit :
- Monoesters : 35 % (notamment palmitate de myricyle, ester de l’alcool myricylique C30 et de l’acide palmitique C16).
- Hydrocarbures (paraffines et oléfines à longue chaîne) : 14 %.
- Diesters : 14 %.
- Acides gras libres (palmitique, cérotique, mélissique) : 12 %.
- Autres composés (triesters, hydroxyesters, hydrocarbures de plus haut poids moléculaire) : environ 25 %.
Les esters majoritaires associent des esters de palmitate, de palmitoléate et d’oléate d’alcools aliphatiques à longue chaîne (30 à 32 carbones). La présence d’acide cérotique (C26) et la nature majoritairement saturée des chaînes expliquent la stabilité chimique de la cire d’abeille : à la différence des huiles siccatives, elle ne subit pas de par autoxydation et ne durcit pas par voie chimique.
Propriétés physiques
La cire d’abeille présente un intervalle de fusion de 62 à 65 °C, valeur fixée par la spécification E 901 du règlement (UE) n° 231/2012. La Pharmacopée européenne retient pour la cire jaune un point de goutte de l’ordre de 61-66 °C : c’est un essai différent, qui mesure la température à laquelle la cire commence à couler et non son intervalle de fusion, d’où la fourchette plus large. C’est une cire à relativement bas dans la palette des cires naturelles : elle se ramollit à 35-40 °C, ce qui la rend manipulable à la chaleur des mains et à la friction d’un tampon en feutre. Aucun point d’éclair n’est donné ici : la valeur qui circule ne remonte à aucune fiche consultable. À température ambiante, elle est solide mais relativement souple, ce qui en fait une cire plastique par opposition aux cires plus dures comme la .
La couleur naturelle varie du jaune mielleux à brun pâle selon l’âge, la composition florale du nectar récolté et la conservation. La cire brute est désignée cera flava dans la pharmacopée européenne ; après blanchiment à la lumière solaire et filtration sur charbon actif, on obtient la (cire blanche) utilisée en pharmacie, cosmétique et applications alimentaires haut de gamme. Le parfum de miel léger de la cire d’abeille pure disparaît partiellement au raffinage.
Statut alimentaire et réglementation
La cire d’abeille est autorisée comme additif alimentaire sous le numéro E901 dans l’Union européenne et dans la plupart des juridictions internationales. Le Règlement (UE) n° 231/2012 de la Commission (EUR-Lex — https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX:32012R0231) fixe les spécifications d’identité et de pureté pour les additifs alimentaires européens, incluant les cires E901 (jaune et blanche). Le Codex Alimentarius FAO/OMS référence E901 dans la GSFA (General Standard for Food Additives) en tant qu’agent d’enrobage (glazing agent).
La cire d’abeille n’a pas de valeur nutritionnelle significative : elle n’est pas digérée par l’être humain, ce qui en limite l’intérêt nutritionnel mais valide sa fonction barrière inerte en contact alimentaire. C’est cette fonction qui motive son usage en finition de planches à découper et d’ustensiles en bois : la couche de cire pure forme un revêtement physique inerte, sans transfert chimique significatif vers l’aliment.
Usages en finition du bois
La cire d’abeille est la cire dominante en finition du bois traditionnelle européenne. Elle s’utilise principalement sous trois formes :
- Cire pure (bloc ou pastille) frottée au tampon de feutre, puis lustrée au chiffon : usage en bois intérieur sec (meubles, cadres, boiseries).
- Encaustique en pâte (mélange cire d’abeille + essence de térébenthine) : la forme la plus répandue, qui rend la cire fluide à température ambiante et facilite l’application uniforme. Le ratio classique est d’une part de cire pour trois parts de solvant, selon la recette traditionnelle française.
- Encaustique en mélange avec carnauba : 10 à 20 % de carnauba ajoutée à la cire d’abeille produit une cire plus dure, mieux adaptée aux sols et surfaces sollicitées.
L’atelier provençal traditionnel utilise la cire d’abeille en mélange avec d’autres composants (parfois huile de lin, parfois résines).
Cire d’olive : un nom commercial, plusieurs matières
« Cire d’olive » est un nom de commerce, pas le nom d’une matière définie. CosIng, la base européenne qui recense les ingrédients cosmétiques sous leur nom INCI, ne contient aucune entrée « olive wax », « olive cera » ni « Olea europaea fruit wax » : ces recherches n’y renvoient aucun résultat. Les vraies cires de fruits y figurent pourtant sous cette forme, espèce nommée et mot « wax » compris — RHUS SUCCEDANEA FRUIT WAX, MYRICA CERIFERA FRUIT WAX, PYRUS CYDONIA PEEL/FRUIT WAX. L’olivier n’a rien de tel : ses entrées sont l’huile (OLEA EUROPAEA FRUIT OIL, CAS 8001-25-0, EC 232-277-0), ses dérivés, et un extrait de grignons (OLEA EUROPAEA POMACE EXTRACT) qui est un extrait et non une cire. Cette absence dit une chose précise et une seule : aucun ingrédient cosmétique normalisé ne porte ce nom. Elle ne dit rien des cires vendues pour la bougie ou pour l’atelier, qui n’ont aucune raison de figurer dans un répertoire réservé aux cosmétiques. Le mot « cire » y désigne la consistance du produit fini, pas une famille chimique.
Deux matières au moins se partagent ce nom. La première est une cire récupérée sur les grignons, le résidu solide du pressage des olives, vendue en poudre pour les bougies moulées. L’olivier n’exsude aucune cire que l’on récolterait comme les rayons d’une ruche ou la poudre des feuilles de ; celle-ci n’en reste pas moins un sous-produit du pressage. La seconde est un corps gras hydrogéné, déclaré HYDROGENATED VEGETABLE OIL (CAS 68334-28-1) ou HYDROGENATED OLIVE OIL (CAS 226993-75-5). Hydrogéner une huile ne crée pas d’esters de cire : cela durcit un corps gras.
Composition et propriétés
La composition dépend de la route suivie : un lot hydrogéné est un corps gras saturé, une cire de grignons est autre chose. De là viennent les écarts entre fiches techniques : les points de fusion publiés ne se recoupent pas d’un producteur à l’autre parce que le nom recouvre des chimies différentes. Aucun n’est donc donné ici pour « la cire d’olive », qui ne répond à aucune spécification publique — ni numéro E, ni monographie de pharmacopée, ni entrée INCI à son nom. La valeur à retenir est celle que déclare le fournisseur du lot.
Deux filières sous un seul nom : la fiche d’identité chimique ne peut pas être stable. La cire d’abeille et le carnauba tiennent leur composition de la biologie qui les produit ; la cire d’olive, d’un procédé. D’un lot à l’autre, on ne sait pas tout à fait ce que l’on étale.
Statut alimentaire et usages
Contrairement à la cire d’abeille (E901) et à la cire de carnauba (E903), la cire d’olive ne possède pas de classification alimentaire dédiée dans le système européen des additifs alimentaires. On la rencontre surtout en cosmétique (baumes à lèvres, sticks de soin, savons) sous les noms INCI cités plus haut, et en bougie, où la cire de grignons se vend pour les moulages. Les savonneries provençales peuvent l’incorporer en formulations artisanales.
En finition du bois, la cire d’olive reste marginale et anecdotique. Quelques produits artisanaux la combinent à la cire d’abeille dans une encaustique ou pour des préparations spécifiques (instruments de musique en bois précieux, par exemple), mais elle n’apporte aucun avantage technique clairement établi sur la cire d’abeille pure pour les usages bois courants. Sa rareté commerciale et son prix élevé en limitent fortement la diffusion grand public.
Origine botanique et récolte
La cire de carnauba est extraite des feuilles d’un palmier d’Amérique du Sud, le palmier carnauba (Copernicia prunifera). Ce palmier est originaire du nord-est du Brésil (principalement les États du Ceará, Piauí, Maranhão, Rio Grande do Norte et Bahia). La cire se forme comme un revêtement protecteur sur les feuilles, mécanisme adaptatif au climat semi-aride du sertão brésilien — la cire limite l’évapotranspiration pendant la saison sèche.
La récolte est strictement saisonnière : elle se déroule pendant la saison sèche pour assurer le séchage complet des feuilles, normalement d’août à décembre. Les feuilles supérieures, plus jeunes et plus riches en cire, sont coupées à l’aide d’une longue perche terminée par une lame courbe. Après coupe, les feuilles sont laissées au sol pour sécher au soleil, jusqu’à ce que la fine couche de cire se désagrège en une poudre, ensuite séparée par le battage et le brassage des feuilles séchées. Cette poudre brute est ensuite fondue, filtrée, centrifugée et raffinée selon les grades commerciaux.
Le palmier fait l’objet d’un élagage trois fois par an, à intervalles d’environ 80 jours, pour maintenir une production durable. Cette pratique de gestion permet la pérennité de la ressource sans abattre l’arbre.
Composition chimique
La composition de la cire de carnauba est l’une des plus particulières des cires naturelles. D’après la littérature de chimie des cires, la cire de carnauba comprend :
- Esters aliphatiques : 40 % en poids, esters de très longues chaînes (C26 à C30).
- Diesters d’acide 4-hydroxycinnamique : 21 %. La présence d’acide cinnamique est l’une des signatures distinctives de la cire de carnauba ; elle agit comme antioxydant naturel et explique en partie la stabilité chimique exceptionnelle de la cire.
- ω-hydroxycarboxyliques (acides hydroxylés à longue chaîne) : 13 %.
- Alcools gras : 12 %.
- Hydrocarbures et autres composés : environ 14 %.
Les composés dérivent principalement d’acides et d’alcools de la gamme C26-C30. La proportion élevée d’esters longue chaîne, combinée à la présence de l’acide cinnamique, confère à la cire de sa dureté et sa stabilité thermique exceptionnelles. Une autre répartition couramment rapportée donne des esters d’acides gras (80-85 %) et des alcools gras (10-15 %), avec environ 10 % d’acide cinnamique jouant le rôle d’antioxydant.
Propriétés physiques
La cire de carnauba est l’une des cires naturelles les plus dures, et l’une de celles dont le est le plus élevé. Son intervalle de fusion est de 82-86 °C : c’est exactement la valeur que porte la spécification E 903 du règlement (UE) n° 231/2012. Elle figure parmi les plus dures des cires naturelles. Cette dureté contraste fortement avec la cire d’abeille (62-65 °C, souple) et explique le rôle complémentaire des deux cires dans les formulations mixtes.
L’apparence brute est celle d’écailles dures, jaune-vert à brun pâle. Après raffinage, la couleur se clarifie ; la cire est triée en grades commerciaux T1, T3 et T4, en fonction du niveau de pureté atteint par filtration, centrifugation et blanchiment. Le grade T1, le plus pur (raffinage maximal, couleur la plus claire), est utilisé pour les usages alimentaires haut de gamme et la cosmétique ; les grades T3 et T4 sont orientés vers les usages industriels (lustrant automobile, vernis, encaustique).
La cire de carnauba est quasi insoluble dans l’eau, à chaud dans les solvants organiques (essence de térébenthine, toluène) et résistante à la plupart des agressions chimiques courantes. Sa résistance aux solvants et aux ultraviolets en fait la cire de référence pour les surfaces exposées aux conditions exigeantes (carrosserie automobile, sols à fort passage, instruments musicaux). Le toluène (n° CAS 108-88-3) porte à l’annexe VI du règlement CLP, à l’entrée 601-021-00-3, six classes harmonisées, chacune avec sa mention : H225 (Flam. Liq. 2), H361d *** (Repr. 2), H304 (Asp. Tox. 1), H373 ** (STOT RE 2 *), H315 (Skin Irrit. 2) et H336 (STOT SE 3) ; la colonne d’étiquetage reprend ces six mentions avec leurs références, sous les pictogrammes GHS02, GHS08 et GHS07 et le mot d’avertissement « Danger », et la ligne ne donne ni limite de concentration spécifique ni note. L’astérisque de STOT RE 2 signale une classification minimum (annexe VI, 1.2.1) : un fabricant ou un importateur dont les données conduisent à une catégorie plus sévère applique cette dernière. La double référence de H373 marque une mention générale, qui ne précise pas la voie d’exposition faute des informations nécessaires lors de la conversion depuis la directive 67/548/CEE (1.2.2) ; la triple référence de H361d marque une mention de toxicité pour la reproduction convertie pour les seuls effets que cette directive classait (1.2.3). Le toluène est soumis à restriction (REACH, annexe XVII, entrée 48). Sa fiche toxicologique INRS n° 74 (nouvelle fenêtre) demande une aspiration des vapeurs à leur source d’émission, doublée d’une ventilation des lieux de travail, des gants en alcool polyvinylique, Viton® ou film PE/EVAL/PE — caoutchouc naturel, nitrile, néoprène, butyle et PVC y sont à éviter — et l’exposition la plus faible possible pour une femme enceinte ou allaitante. Ces conditions valent pour les lieux de travail, ateliers compris : la fiche n’y laisse entreposer que des quantités réduites, ne dépassant pas celles nécessaires au travail d’une journée ; cette page ne décrit aucun protocole au toluène, et tout flacon de solvant se range hors de portée des enfants.
Statut alimentaire et réglementation
La cire de carnauba est autorisée comme additif alimentaire sous le numéro E903 dans l’Union européenne. Comme agent d’enrobage (glazing agent), sa classification est fixée par le Règlement (UE) n° 231/2012 et confirmée par le Codex Alimentarius.
Le Règlement (UE) n° 231/2012 de la Commission (EUR-Lex — https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX:32012R0231) fixe les spécifications d’identité et de pureté pour la cire de carnauba (E903) en parallèle de la cire d’abeille (E901). Le Codex Alimentarius FAO/OMS référence E903 comme glazing agent dans la GSFA.
Les usages alimentaires industriels de la cire de carnauba sont nombreux et documentés : enrobage de bonbons (les coquilles brillantes de certaines dragées et bonbons contiennent du E903), vernissage de fruits (pommes, agrumes, fruits exotiques pour éviter le dessèchement), enrobage de comprimés pharmaceutiques, cosmétique (mascaras, rouges à lèvres).
Production et marché mondial
La cire de carnauba est exclusivement produite au Brésil, dans le Nordeste (États du Ceará et du Piauí principalement). Les chiffres annuels globaux de production ne sont pas consolidés dans une source publique unique, mais la structure des exportations est documentée : les principales destinations sont les États-Unis (environ 25 %), le Japon (15-25 %), l’Allemagne (10-15 %), les Pays-Bas (5 %), l’Italie (5 %), la Chine (5 %), et autres pays (environ 13 %). L’Europe représente donc cumulativement une part majeure du marché mondial de la cire de carnauba.
Cette concentration géographique de la production fait de la carnauba une cire importée en Europe, avec des prix de marché reflétant le coût logistique et la chaîne de raffinage. La cire d’abeille, produite localement par l’apiculture européenne, reste comparativement plus accessible pour les usages courants.
Usages en finition du bois et au-delà
La cire de en finition du bois s’utilise rarement pure : sa dureté la rend difficile à appliquer (frottement mécanique intense nécessaire pour fondre la cire à 82-86 °C) et moins maniable que la cire d’abeille pour un usage ménager. Elle est presque toujours combinée avec d’autres cires (cire d’abeille notamment) ou avec des solvants pour produire des cires dures liquides ou en pâte.
Les principales applications incluent les cires automobiles, les cirages à chaussures, le fil dentaire, des produits alimentaires (confiseries) ainsi que les cires et encaustiques pour sols et meubles. En finition du bois haut de gamme, la cire de carnauba est privilégiée pour les parquets à fort passage, les boiseries d’extérieur protégées, et les finitions de restauration patrimoniale où une dureté supérieure est recherchée. En cosmétique, sa température de fusion élevée stabilise les rouges à lèvres et mascaras face à la chaleur corporelle. Dans les lustrants automobiles, la carnauba de grade T1 est l’ingrédient noble des cires haut de gamme.
Tableau comparatif fonctionnel — Le tableau qui suit synthétise les propriétés clés des trois cires selon une grille opérationnelle de choix en finition.
- Origine — Cire d’abeille : animale (Apis mellifera, glandes cirières abdominales). Cire d’olive : nom commercial couvrant au moins deux matières, une cire récupérée sur les grignons d’Olea europaea et des corps gras hydrogénés, sans entrée INCI à ce nom. Cire de carnauba : végétale (feuilles de Copernicia prunifera, Nordeste brésilien).
- Composition dominante — Cire d’abeille : monoesters 35 %, hydrocarbures 14 %, acides 12 %, palmitate de myricyle majoritaire. Cire d’olive : deux routes de fabrication, deux compositions ; aucune n’est publiée pour l’ensemble. Cire de carnauba : esters aliphatiques 40 %, diesters cinnamiques 21 %, ω-hydroxy 13 %, alcools gras 12 %.
- — Cire d’abeille : 62-65 °C. Cire de carnauba : 82-86 °C. Cire d’olive : aucune valeur normalisée ; se reporter à la fiche technique du fabricant.
- Dureté relative — Cire d’abeille : faible (souple, plastique). Cire d’olive : variable selon le producteur, non normalisée. Cire de carnauba : élevée (cire naturelle la plus dure).
- Brillance après polissage — Cire d’abeille : moyenne, satinée à douce. Cire d’olive : variable, généralement modérée. Cire de carnauba : très élevée, effet miroir.
- Pénétration dans le bois — Cire d’abeille : modérée (cire souple, légère diffusion). Cire d’olive : variable selon le produit. Cire de carnauba : très faible (cire dure, surface uniquement).
- Réversibilité — Toutes trois oui (refonte par chaleur ou solvant).
- Statut alimentaire — Cire d’abeille : additif alimentaire E901 (liste positive du Règlement (CE) n° 1333/2008, spécifications du Règlement (UE) n° 231/2012, Codex GSFA). Cire d’olive : non classée. Cire de carnauba : additif alimentaire E903 (mêmes textes). Une autorisation d’additif ne vaut pas conformité d’une finition au contact des denrées.
- Coût relatif — Cire d’abeille : accessible (production locale apicole). Cire d’olive : élevé (production limitée, niche). Cire de carnauba : modéré à élevé (importée du Brésil).
- Usage typique — Cire d’abeille : meubles intérieurs, planches à découper, encaustique. Cire d’olive : cosmétique, savonnerie artisanale, bougie moulée. Cire de carnauba : parquets, lustrant automobile, restauration haut de gamme.
Ce tableau ne remplace pas le jugement contextuel : la qualité d’un produit fini, le mode d’application et le bois sous-jacent influencent considérablement le résultat.
Mélanges et applications combinées — Les cires naturelles s’utilisent rarement pures en finition professionnelle. Les formulations combinées exploitent les propriétés complémentaires de chaque substance — souplesse de l’abeille, dureté du carnauba — pour optimiser la finition selon le contexte d’usage. Cinq mélanges-types structurent l’essentiel des préparations courantes.
L’encaustique classique pour meubles d’intérieur
L’encaustique traditionnelle française associe cire d’abeille et essence de térébenthine dans un rapport d’une partie pour trois. Cette préparation s’applique aux meubles d’intérieur en bois sec. La fabriquer suppose de chauffer de la cire à côté d’un solvant inflammable : le mode opératoire et les protections qu’il impose sont donnés par « Recette d’encaustique maison ». Le solvant rend la cire malléable et favorise la pénétration superficielle dans les pores du bois ; en s’évaporant, il laisse un film de cire qui durcit en refroidissant.
La cire dure pour parquets et sols sollicités
Pour les sols à fort passage, l’encaustique pure à la cire d’abeille manque de dureté. La solution traditionnelle est d’ajouter de la cire de à hauteur de 10 à 20 % dans la formulation, ce qui durcit considérablement le film final tout en conservant une certaine souplesse apportée par la cire d’abeille. Selon la recette traditionnelle, la cire de carnauba peut se substituer à la cire d’abeille ou être ajoutée en mélange pour augmenter la dureté du produit. Cette stratégie est aussi utilisée pour les plans de travail en bois, les tablettes de bureau, et certains parquets d’usage intensif.
La cire haut de gamme pour restauration patrimoniale
En restauration patrimoniale (musées, monuments historiques, mobilier de collection), la finition cire doit conjuguer protection, réversibilité (critère déontologique central) et neutralité chimique vis-à-vis du substrat ancien. La formulation typique combine cire d’abeille, cire de carnauba et parfois résines naturelles (dammar, copal) en proportions adaptées à l’objet. La réversibilité de ces préparations — l’ensemble fond à la chaleur ou se dissout dans un solvant adapté — permet leur retrait ultérieur sans dégât au bois sous-jacent, conformément aux principes ICOM-CC.
Le lustrant automobile haut de gamme
Le lustrant automobile « carnauba pure » est un cas particulier où la cire de carnauba s’utilise quasi-pure (grade T1, taux de carnauba > 50 % du produit fini) pour son brillant miroir et sa résistance thermique ( 82-86 °C, supérieur aux températures de carrosserie exposée au soleil estival). Les marques premium d’entretien automobile (Pinnacle, Zymöl, Swissvax, par exemple) commercialisent des cires « 100 % carnauba Brésil grade T1 ». Cet usage non-bois illustre l’adaptabilité de la cire de carnauba à des conditions exigeantes hors du domaine traditionnel.
La cire cosmétique provençale et savonnerie artisanale
La cosmétique artisanale méditerranéenne combine traditionnellement cire d’abeille et cire d’olive — toutes deux régionalement disponibles dans les filières apicoles et oléicoles provençales et italiennes. Les savonneries provençales (notamment marseillaises) incorporent ces cires dans certaines formulations de soins, savons surgras et baumes, en lien avec la culture régionale de l’huile d’olive.
Choisir selon l’usage — Le choix de la cire dépend du contexte d’usage. La grille qui suit propose un arbitrage pragmatique en six configurations courantes.
- Meubles intérieurs courants (table, commode, étagère) : cire d’abeille pure ou encaustique cire d’abeille + térébenthine. Le rapport coût/performance optimal pour les surfaces faiblement sollicitées ; la réversibilité est un bonus pour les meubles susceptibles d’être restaurés un jour.
- Parquets et sols à fort passage : cire dure à base de cire d’abeille additionnée de 10 à 20 % de carnauba, ou produits commerciaux « cire dure » formulés industriellement. La dureté accrue protège mieux des rayures ; grâce à son point de fusion élevé, le carnauba supporte le chauffage au sol et l’ensoleillement direct.
- Patrimoine et restauration : cire d’abeille pure pour la réversibilité maximale, ou mélange cire d’abeille + carnauba + résine pour les objets historiques exigeants. Critères déontologiques ICOM-CC en priorité.
- Planches à découper et ustensiles en bois en contact alimentaire : cire d’abeille pure E901 (sans térébenthine ni siccatifs métalliques), ou cire d’abeille + cire de carnauba E903 (sans solvant) en mélange à chaud. Les deux cires sont autorisées comme additifs alimentaires ; l’aptitude au contact, elle, se prouve par la déclaration de conformité du fabricant (Règlement (CE) n° 1935/2004).
- Cosmétique maison et savonnerie artisanale : cire d’abeille pure pour les usages standard ; cire d’olive en formulations régionales spécifiques (savons provençaux). La cire de carnauba reste limitée aux mascaras et rouges à lèvres industriels (température corporelle).
- Carrosserie automobile et instruments musicaux en bois précieux : produits formulés à base de cire de carnauba grade T1 (carrosserie) ou mélanges cire d’abeille + carnauba + résines (instruments). Performance thermique et brillance maximales recherchées.
Un fil rouge traverse ces six configurations : la réversibilité reste l’atout propre des cires par rapport aux huiles siccatives. Un film de cire se refond ou se dissout ; un film d’huile polymérisée, lui, est définitif. Chaque fois qu’une restauration future est envisageable — meuble de famille, pièce de collection, instrument —, cette seule propriété suffit souvent à trancher en faveur de la cire. Sur une planche à découper, la distinction entre statut d’additif et aptitude au contact est conduite jusqu’au bout par la cinquième leçon de ce parcours, Choisir un cirage pour planches à découper.
Équipements de protection individuelle (EPI), captage et premiers gestes
- Vapeurs d’un solvant bouillant au-dessus de 65 °C : demi-masque EN 140 à filtre de type A (EN 14387), aspiration des vapeurs à la source et ventilation du local (ED 6106) ; térébenthine, 150 à 180 °C (FT 132), white-spirit, 130 à 230 °C (CarAtex), filtre A (FT 324), d-limonène, 178 °C (FT 227) ; notre règle : classe 2, et dehors.
- Un masque jetable FFP (EN 149), FFP2 comme FFP3, n’offre aucune protection contre les vapeurs de solvant.
- Gants pour la térébenthine : nitrile, fluoré ou multicouche, jamais caoutchouc naturel, butyle, néoprène ni PVC (FT 132).
- Ni flamme, ni surface ou jet d’air à 180 °C près d’un solvant : le white-spirit s’enflamme seul dès 180 °C (CarAtex), la térébenthine dès 220 à 255 °C (FT 132).
- Térébenthine avalée (H304) : on appelle aussitôt le 15, fait transférer la personne à l’hôpital en ambulance médicalisée, et même si la personne est consciente, ne fait jamais boire ni vomir.
- Si la personne qui a ingéré ce solvant est inconsciente : on la met en position latérale de sécurité et la réanime s’il y a lieu ; consciente, on la garde au repos.
- Au besoin, après ce solvant ingéré : on retire ses vêtements souillés, les mains gantées, et lave sa peau et ses yeux aussitôt et abondamment à grande eau au moins 15 minutes.
- Un solvant dans l’œil : on ôte d’abord les lentilles de contact, rince immédiatement et abondamment au moins 15 minutes à l’eau courante, paupières bien écartées, et consulte un ophtalmologiste en cas d’irritation en lui signalant leur port.
- Térébenthine sur la peau : on appelle rapidement le centre antipoison, retire les vêtements souillés, les mains gantées, lave immédiatement et abondamment la peau à grande eau au moins 15 minutes et consulte sans tarder en cas d’irritation ou de contact étendu ou prolongé.
- Vapeurs de térébenthine respirées : on appelle rapidement le centre antipoison et met la personne hors de la zone polluée en se protégeant.
- Si la personne qui a respiré ces vapeurs est inconsciente : on la met en position latérale de sécurité et la réanime s’il y a lieu ; consciente, on la garde au repos.
- Au besoin, après ces vapeurs : on retire ses vêtements souillés, les mains gantées, et lave sa peau et ses yeux aussitôt et abondamment à grande eau au moins 15 minutes ; en cas de symptômes, on consulte rapidement un médecin.
Sources et lectures complémentaires
- Pharmacopée européenne (EDQM) — monographies Cera flava / Cera alba (nouvelle fenêtre) — monographies officielles de la cire d’abeille jaune (cera flava) et blanche (cera alba) : identité, point de goutte, valeurs d’ester et d’acide, critères de pureté.
- Littérature de chimie analytique des cires — compositions détaillées (esters, hydrocarbures, acides gras, alcools gras), points de fusion et propriétés physiques de la cire d’abeille et de la cire de carnauba, paramètres généralement rapportés dans la documentation publique de référence.
- EUR-Lex — Règlement (UE) n° 231/2012 (nouvelle fenêtre) — du 9 mars 2012 établissant les spécifications des additifs alimentaires (E901 cire d’abeille, E903 cire de carnauba).
- EFSA — Autorité européenne de sécurité des aliments (nouvelle fenêtre) — avis du panel AFC « Beeswax (E 901) as a glazing agent and as carrier for flavours », EFSA Journal, volume 5, n° 12, décembre 2007 : l’évaluation de la cire d’abeille comme additif alimentaire.
- Codex Alimentarius FAO/OMS (nouvelle fenêtre) — norme générale pour les additifs alimentaires GSFA ; E901 et E903 classés comme glazing agents.
- ECHA — European Chemicals Agency (nouvelle fenêtre) — fiche substance de l’essence de térébenthine (EC 232-350-7, CAS 8006-64-2), le solvant de l’encaustique traditionnelle à la cire d’abeille : classification harmonisée et données réglementaires.
- INRS — ED 6106, Les appareils de protection respiratoire : choix et utilisation (nouvelle fenêtre) — tableau 3 des filtres anti-gaz EN 14387 (type A au-dessus de 65 °C d’ébullition, AX en dessous et à usage unique, K pour l’ammoniac et les dérivés aminés) ; § 1.3.4, filtres combinés à double marquage ; annexe 3, facteurs de protection assignés conseillés par l’INRS : 10 pour un demi-masque à filtre P3, 30 pour un masque complet à filtre P3, 40 pour une cagoule ou un casque TH3 P
- INRS — Fiche toxicologique n° 132, essence de térébenthine (nouvelle fenêtre) — point d’éclair d’environ 35 °C en coupelle fermée, inflammation sans flamme ni étincelle à partir de 220 à 255 °C, intervalle d’ébullition de 150 à 180 °C, au-dessus du seuil du type A (EN 14387) ; recommandations : filtre de type A, gants nitrile, fluorés ou multicouches, caoutchoucs naturel, butyle et néoprène ainsi que le poly(chlorure de vinyle) à éviter ; la fiche renvoie la protection oculaire à la rubrique 8 de la FDS
- INRS — Base CarAtex, fiche « White-spirit », CAS 8052-41-3 (nouvelle fenêtre) — mise à jour avril 2018 ; inflammation sans flamme ni étincelle à partir de 180 °C, intervalle d’ébullition de 130 à 230 °C, point d’éclair 30-65 °C en coupelle fermée ; c’est la plus basse de ces températures parmi les solvants que le site relève pour cette liste, et notre règle en fait le seuil : une surface d’atelier — carter, résistance, conduit — l’atteint
- INRS — Fiche toxicologique n° 324, solvants aliphatiques en C9-C20 contenant des hydrocarbures aromatiques (nouvelle fenêtre) — white-spirit : filtre de type A, « combiné à un filtre P2 en cas d’activité générant des aérosols » dans les mots de la fiche ; notre lecture : ce P2 est la classe que la fiche donne à l’aérosol de solvant, et elle ne suffit pas hors de ce cas ; gants nitrile ou fluorés pour un contact prolongé, PVC ou néoprène pour un contact intermittent ou une éclaboussure, caoutchouc naturel et butyle à éviter ; la fiche renvoie la protection oculaire à la rubrique 8 de la FDS
- INRS — Fiche toxicologique n° 227, dipentène et isomères (d-limonène) (nouvelle fenêtre) — filtre de type A ; aspiration des vapeurs à leur source d’émission et ventilation des lieux de travail ; pour un contact prolongé, matériaux multicouches, élastomères fluorés ou PVC ; le caoutchouc nitrile est à éviter ; la fiche renvoie la protection oculaire à la rubrique 8 de la FDS ; point d’ébullition 178 °C, au-dessus du seuil du type A (EN 14387)
- AST25 — Risque chimique : choisir des gants adaptés (EN ISO 374-1:2016) (nouvelle fenêtre) — type A, perméation supérieure à 30 minutes pour au moins six substances ; type B, trois ; type C, supérieure à 10 minutes pour une ; lettres A méthanol, B acétone, D dichlorométhane, F toluène, J n-heptane, K soude caustique 40 %, O ammoniaque 25 %
