Bientôt, c’est l’anniversaire d’un ami de Sandrine, et elle doit choisir un cadeau. Au marché du jeudi, elle hésite, le carnet à la main. Devant un étal de bricoles brillantes, elle s’arrête : un petit jouet en plastique de toutes les couleurs, qui clignote et fait du bruit.
« Celui-là ! dit Lucien. Il est rigolo. »
Mémé Augustine le prend, le tourne dans ses mains, appuie un peu. Quelque chose craque déjà. « Rigolo aujourd’hui, cassé demain, dit-elle doucement. Regarde : c’est léger, c’est creux, et c’est collé. Le jour où ça se casse, on ne pourra pas le réparer. À la poubelle. »
« Mais alors, qu’est-ce qu’on offre ? » demande Sandrine.
« Viens, on va apprendre à regarder. » Mémé l’emmène le long des étals et lui met dans les mains plusieurs objets. Un bol de bois : lourd, plein, lisse. Un panier d’osier : tressé serré, solide. Un petit couteau pliant : « Tu vois la lame ? Si elle s’use, on peut la changer. Si une vis se desserre, on la resserre. »
« Pour savoir si un cadeau durera, dit Mémé, pose-toi trois questions. Un : en quoi c’est fait ? Du bois, du métal, de la terre, du tissu solide vieillissent bien ; le plastique fin se casse. Deux : comment c’est assemblé ? Bien emboîté, cousu, chevillé, ça tient ; juste collé, ça lâche. Trois : est-ce que ça se répare ? Si une pièce se remplace, l’objet peut durer toute une vie. »
Sandrine ouvre son carnet et écrit, en grand, en haut de la page : « Guide du cadeau qui dure. » En dessous, elle note les trois questions de Mémé : « 1. En quoi c’est fait ? 2. Comment c’est assemblé ? 3. Est-ce que ça se répare ? »
Elle reprend le petit jouet brillant, et le compare. « En plastique fin. Collé. Pas . » Puis le bol de bois : « En bois. Taillé d’un bloc. Si ça s’abîme, on ponce. » La différence saute aux yeux.
« Ce n’est pas une question de prix, ajoute Mémé. Un objet simple et solide vaut mieux qu’un cher qui casse. Ce qui compte, c’est qu’il serve, longtemps, et qu’on puisse le garder. »
Sandrine choisit, pour son ami, un petit carnet relié, bien cousu, avec une couverture solide. « Comme le tien ! » remarque Lucien. « Oui, dit Sandrine. Parce qu’un carnet, ça dure, ça se remplit, et après on le garde. Mon ami aime dessiner : il pourra s’en servir longtemps. »
Elle vérifie, avec ses trois questions : « En papier et carton solide. Bien cousu, pas juste collé. Et quand il sera plein, il restera un beau carnet de souvenirs. » Mémé sourit. « Tu as choisi avec ta tête et avec ton cœur. C’est ça, : penser à celui qui reçoit, et à ce qui dure. »
Sandrine repense à toute l’année. Au marché où elle a appris à choisir sans gâcher. À la musique qu’il faut écouter. Aux tissus qu’on lave avec soin pour les garder. Au cochonnet taillé dans une chute de bois. Aux saveurs qu’on apprend à nommer. Tout cela disait déjà la même chose : bien choisir, prendre soin, faire durer, partager.
Sur la place, une petite fille plus jeune, Manon, hésite elle aussi devant l’étal des jouets brillants. Elle tend la main vers le plus clignotant. « Je veux celui-là pour ma cousine ! »
Et là, c’est Lucien — Lucien, qui une heure plus tôt voulait ce même jouet — qui s’accroupit devant elle, exactement comme Mémé l’a fait pour lui. « Attends. Regarde d’abord. En quoi c’est fait ? Du plastique tout fin. Et si ça casse, tu pourras le réparer ? » Manon secoue la tête. « Alors cherchons autre chose, dit Lucien. Quelque chose qui durera, pour que ta cousine le garde longtemps. »
Sandrine le regarde, le cœur content. Celui qui doutait de tout, au premier marché, explique à présent à plus petit que lui. Ce qu’il a mis du temps à comprendre, il le transmet.
Un beau cadeau, ce n’est pas le plus cher ni le plus brillant. C’est celui qui sert, qui dure, et qu’on peut garder longtemps.
Le soir, Sandrine recopie au propre son « Guide du cadeau qui dure ». Elle y met les trois questions, quelques exemples, un petit dessin de bol et de carnet. « Je vais le montrer à l’école, dit-elle. Comme ça, tout le monde saura choisir. »
Mémé pose la main sur son épaule, comme elle l’a fait tout au long de l’année. « Tu sais ce qui est le plus beau ? Ce n’est pas d’avoir appris. C’est de le passer aux autres. Un savoir qu’on partage, lui aussi, ça dure — bien plus longtemps qu’un jouet. »
Sandrine referme son carnet, plein d’un bout à l’autre : le marché, la musique, les tissus, la pétanque, les saveurs, et maintenant les cadeaux. Une année entière de choses apprises, et de mots pour les dire. Dehors, la nuit tombe doucement sur Mireval-les-Oliviers. Demain, c’est jeudi : il y aura marché. Et Sandrine sait, maintenant, comment le regarder.
- Q : Comment savoir si un cadeau va durer ? — R : En se posant trois questions. En quoi est-il fait ? (le bois, le métal, la terre, le tissu solide durent ; le plastique fin casse). Comment est-il assemblé ? (emboîté, cousu ou chevillé tient mieux que collé). Peut-on le réparer ? (si une pièce se remplace, l’objet dure longtemps).
- Q : Faut-il qu’un cadeau soit cher pour être beau ? — R : Non. Un objet simple, solide et utile vaut mieux qu’un cadeau cher qui casse vite. Ce qui compte, c’est qu’il serve longtemps, qu’on puisse le garder et le réparer, et qu’il fasse plaisir à celui qui le reçoit.
- Q : Pourquoi est-ce bien de partager ce qu’on a appris ? — R : Parce qu’un savoir transmis dure encore plus longtemps qu’un bel objet. Quand Lucien explique à plus petit que lui comment choisir, il passe à son tour ce qu’il a mis du temps à comprendre. Le partage fait grandir le savoir.