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Herbes, chaleur, timing

Par : Équipe rédactionnelle InnovativeTechFusion

Parcours: Cuisine & Mémoire

Légende 5 sur 6

La soupe mijote depuis un moment déjà — le bouillon de la veille, le pain rassis fondu dedans, le fond que Théo connaît maintenant. Camille parlait d’herbes, l’autre fois ; il a demandé pourquoi à la fin, elle n’a rien dit. Tant pis. Il rafle tout le basilic qui reste, les dernières feuilles de la saison, une grosse poignée, et la jette dans la casserole d’un seul geste.

« Comme ça, ça aura plus de goût. » Plus on en met, plus tôt, plus ça parfume : ça lui paraît évident. Il remue. La vapeur monte, le bouillon trouble avale les feuilles.

Les feuilles tournent. Le vert vif fonce, brunit, se recroqueville, flotte en lambeaux mous à la surface. Théo plonge la cuillère, souffle, goûte. Ça ne sent presque rien. Un goût plat, de foin mouillé — pas l’anis frais qu’il attendait. Il regoûte. Pareil. Fade.

Alors il en rajoute — une autre poignée, droit dans le bouillon qui bout. C’est pire : encore des feuilles brunes, encore du foin, toujours pas de parfum.

Camille l’a regardé faire sans un mot. Elle pose deux casseroles vides sur le feu et partage entre elles ce qui reste de soupe claire. « On va vérifier ton idée. »

« Tu penses que plus tôt, c’est plus fort, dit Camille. Plus d’herbes, plus tôt, plus de parfum. »

« Ben oui. Il faut le temps que ça donne le goût. » Il y croit. C’est ce qu’il a appris, non — laisser le temps faire ? La sauce qui prend à force de patience, le pain dur qui regonfle. Le temps fait le bien.

« On la teste. » Elle ne dit pas qu’il a tort. Elle pose deux tas de basilic frais à côté des deux casseroles, et les égalise, feuille pour feuille. « Même soupe. Même quantité d’herbe. Une seule différence. »

« Laquelle ? »

« Le moment. Celle-là reçoit son basilic maintenant ; l’autre, juste avant de servir. Le reste pareil. » Théo voudrait changer d’autres choses — plus de feuilles, plus de feu. Camille fait non de la tête. « On change juste ça. Sinon on ne saura pas ce qui a compté. »

Il jette le basilic « début » dans la première casserole ; le bouillon les recouvre. La porte s’ouvre. Une bouffée sèche entre — colline, résine, pierre chaude, tout l’inverse du basilic frais. Mireille pose un panier sur la table : des branches grises et raides, du , du , deux feuilles de laurier.

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