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Bois & hygiène

Par : Équipe rédactionnelle InnovativeTechFusion

Parcours: Cuisine & Mémoire

Légende 6 sur 6

La planche en bois traîne là depuis toujours, miel sombre, le grain creusé par des années de couteau. Théo la prend par le bord et la pose de côté, sans la regarder. À la place, il sort du placard une planche en plastique blanche, toute neuve d’aspect, et la claque sur le plan de travail.

« Le bois, ça garde les microbes, dit-il. C’est plus propre, le plastique. » Il a entendu ça quelque part, et ça lui paraît évident. Déjà, il attrape la planche miel pour la ranger plus loin, pour de bon.

Une main se referme sur son poignet et l’arrête net, la vieille planche en l’air. Camille a traversé la cuisine sans bruit. « Attends. » Elle ne dit pas non. Elle lui reprend la planche en bois, la repose à plat, et glisse la planche en plastique juste à côté. Les deux surfaces, l’une près de l’autre, sous la lumière dorée de fin octobre.

« Montre-moi laquelle est propre, dit-elle. Vraiment. »

Théo regarde les deux planches. Le bois miel, mat, qui sent vaguement l’huile ; le plastique blanc, lisse, qui ne sent rien. Pour lui, c’est joué d’avance. Il ouvre la bouche pour le dire — et il s’arrête, parce que Camille attend autre chose qu’un verdict.

« Passe ton doigt là-dessus. Sur le plastique. À fond. » Théo promène le doigt. Lisse, d’abord. Puis l’ongle accroche quelque chose. Le blanc n’est pas lisse partout : il est zébré de fines rayures grises, tout un réseau de traits creusés par le couteau, et au fond de chaque rayure une ligne plus sombre.

« Et là, sous ton ongle ? Qu’est-ce qui reste, dans les rayures ? » Il gratte une rayure. Quelque chose résiste, gris, qui ne part pas. « C’est rayé, dit-il, plus bas. Ça reste dedans. L’eau, et… ce qui va avec. »

« Tu peux laver. Tu ne nettoieras jamais vraiment le fond de ces traits-là. » Elle fait glisser le doigt de Théo sur le bois, à côté. Le grain est creusé, lui aussi, mais autrement : des sillons réguliers, doux, le bois lissé entre eux. Pas de réseau gris. Pas de fond noir qui accroche.

Théo regarde le blanc rayé et le miel chaud. Il s’attendait à condamner le bois ; et c’est le plastique, le « plus propre », qui cache un défaut au fond de chaque rayure. « Lisse et blanc » ne veut pas dire « propre ». Sa certitude se fissure. La porte s’ouvre.

Cette légende fait partie d’un parcours de 6 leçons · Explorer le parcours complet