C’est le premier vrai jour de chaleur, et pourtant Papé Florent est déjà dans le potager, alors qu’il fait à peine jour. Nestor, encore en pyjama, le rejoint en se frottant les yeux. « Papé ? Il est tôt ! Pourquoi tu travailles déjà ? »
Papé se redresse, la bêche à la main. « Justement. Il faut profiter du frais. À cette heure-ci, on travaille bien. Tout à l’heure, quand le soleil tapera, il sera trop tard. »
Nestor regarde autour de lui. L’air est doux, presque frais. Les se taisent encore. Le jardin sent la terre humide. Il comprend que Papé n’a pas commencé tôt par hasard : il a choisi son heure.
Peu à peu, le soleil grimpe. Et soudain, une cigale lance son premier « zzzzz », puis une autre, puis dix. « Tu entends ? dit Papé. Les cigales chantent quand il fait chaud. Plus il fait chaud, plus elles chantent fort. Leur chant, c’est le bruit de la chaleur. »
Nestor tend l’oreille. À l’aube, elles se taisaient. Maintenant que le soleil monte, elles s’y mettent. « Alors quand elles crient très fort, c’est qu’il fait très chaud ? »
« Exactement. À midi, en plein soleil, elles deviennent folles. Et c’est justement à ce moment-là que nous, on s’arrête. Là où la cigale chante le plus fort, l’homme, lui, se met à l’ombre. »
« C’est drôle, dit Nestor. Elle aime la grosse chaleur ; nous, on la fuit. »
« Voilà. Chacun son heure. La a besoin d’avoir très chaud pour chanter. Nous, au contraire, on ne peut pas bien travailler en plein cagnard. Alors on s’organise autrement : on suit le soleil, mais à l’envers d’elle. »
Nestor sourit. La cigale et lui n’étaient pas d’accord sur la meilleure heure du jour. Mais tous les deux, à leur façon, ils suivaient le soleil : elle pour chanter, lui pour choisir quand travailler.
Vers midi, le soleil tape pour de bon. Le jardin écrase de chaleur, et le chant des cigales devient un mur de bruit. Papé range ses outils. « On rentre. C’est l’heure de la . »
« La sieste ? En plein jour ? Mais c’est pour les bébés ! » proteste Nestor.
Papé ferme les volets, et la maison devient fraîche et sombre. « Pas du tout. Réfléchis. Dehors, c’est un four. Travailler là-dedans, c’est se fatiguer pour rien, et même se rendre malade. Alors on s’arrête au plus chaud, on se repose à l’abri, et on repartira ce soir, quand ça aura baissé. Ce n’est pas de la paresse : c’est se ménager pour mieux travailler après. »
Dans la pénombre fraîche, Nestor sent la fatigue de son réveil matinal. Dehors, les cigales hurlent dans la fournaise ; dedans, tout est calme et frais.
Lila dort déjà, en travers du lit. Nestor, lui, n’a pas vraiment sommeil, mais il reste allongé dans le frais. Il pense à la journée, découpée comme un gâteau : le frais du matin pour travailler, la chaleur de midi pour se reposer, et plus tard, le soir, le frais de nouveau.
« Papé, demande-t-il à voix basse, alors on travaille deux fois ? Le matin et le soir ? »
« Voilà. On coupe la journée en deux, et on laisse le plus chaud de côté. Le matin tôt, on est en forme et il fait bon. Le soir, ça se rafraîchit, on repart. Et au milieu, quand le soleil cogne, on se met à l’ombre. Ce n’est pas être fainéant : c’est être malin. On travaille aux bonnes heures, pas aux mauvaises. »
Nestor trouve ça très juste. Suivre le soleil au lieu de lutter contre lui. Faire comme le climat veut, et non l’inverse.
Se reposer au plus chaud, ce n’est pas de la paresse : c’est de l’intelligence. On travaille aux bonnes heures, et on laisse le four de midi tranquille.
En fin d’après-midi, l’air commence à se rafraîchir. Les ombres s’allongent. Et, peu à peu, le chant des faiblit.
« Tu entends ? dit Papé en se relevant. Les cigales se calment. Le soleil baisse, la chaleur tombe, elles chantent moins fort. C’est le signal : on peut ressortir travailler. »
Ils retournent au potager. L’air est doux comme au matin. Papé arrose, Nestor porte l’arrosoir. On travaille bien, sans souffrir de la chaleur. « Tu vois, dit Papé, deux bons moments de travail, le matin et le soir, et entre les deux, du repos. C’est plus de travail fait, et moins de fatigue. Le four de midi, on le laisse aux cigales. »
Le soir, dans son carnet, Nestor dessine une journée d’été en trois morceaux : un soleil bas le matin, un gros soleil en haut avec une maison aux volets fermés à midi, et un soleil bas le soir. Il écrit en dessous : « L’été, on travaille à l’aube et au soir, quand il fait frais. À midi, on se repose à l’ombre. Ce n’est pas de la paresse : c’est suivre le soleil au lieu de lutter contre lui. »
Il repense à la , qui aime justement les heures que les gens évitent. « Papé, dit-il, la cigale et nous, on ne tombera jamais d’accord ! » Papé rit. « Non. Elle, c’est l’amie de midi ; nous, on est les amis du matin et du soir. »
Dehors, dans la fraîcheur du soir, une dernière cigale lance quelques notes, puis se tait pour la nuit. Nestor ferme son carnet. Demain, il se lèvera tôt, lui aussi, pour profiter du frais.
- Q : Pourquoi, l’été, commence-t-on à travailler dès l’aube ? — R : Parce qu’à l’aube l’air est encore frais et qu’on travaille bien sans souffrir de la chaleur. Plus tard, en plein soleil, le travail fatigue beaucoup et peut être dangereux. On profite donc des du matin.
- Q : Pourquoi la sieste de midi n’est-elle pas de la paresse ? — R : Parce que travailler au plus chaud fatigue pour rien et peut rendre malade. En se reposant à l’ombre aux heures brûlantes, on se protège et l’on garde des forces pour le soir. C’est une intelligence du climat, pas un manque de courage.
- Q : Quel rapport entre le chant des cigales et les heures de travail ? — R : La cigale chante d’autant plus fort qu’il fait chaud. Son chant marque donc les heures brûlantes — justement celles où les gens, eux, s’arrêtent et cherchent l’ombre. Là où la cigale se réjouit de la chaleur, l’homme s’en protège.