
Comprendre la conformité CLP/CE d’un produit d’entretien du bois
Sur le pot d’un cirage ou d’une huile, à côté du mode d’emploi, figure une zone que l’on saute presque toujours : un losange rouge, une flamme, un mot en gras — « Danger » ou « Attention » —, une liste de codes commençant par H et P. Ce n’est ni une formalité ni du marketing : c’est un langage réglementaire normalisé, le même d’un bout à l’autre de l’Europe, qui résume en quelques signes ce que le produit peut faire à votre peau, à vos poumons et à l’eau du robinet. Cette leçon vous apprend à le lire. Elle est volontairement pédagogique et générale : elle n’a pas valeur de document réglementaire et ne remplace pas la Fiche de Données de Sécurité () propre à chaque produit, que son fabricant est tenu de fournir sur demande pour un mélange classé dangereux.
Qu’est-ce que le règlement CLP ?
Le règlement (CE) n° 1272/2008, dit règlement (Classification, Labelling and Packaging), encadre dans l’Union européenne la classification, l’étiquetage et l’emballage des substances et mélanges chimiques. Il transpose le Système Général Harmonisé () des Nations unies. Concrètement, tout fabricant qui met un mélange chimique sur le marché européen doit évaluer ses dangers, le classer, puis apposer un étiquetage normalisé : pictogrammes de danger, mention d’avertissement (« Danger » ou « Attention »), mentions de danger (codes H) et conseils de prudence (codes P). L’objectif est que l’utilisateur reconnaisse les risques d’un coup d’œil, quel que soit le pays ou la marque.
Pourquoi un produit « naturel » peut-il être classé dangereux ?
Une idée reçue tenace voudrait que « naturel » signifie « sans danger ». La classification CLP ne raisonne pas ainsi : elle évalue les propriétés physico-chimiques et toxicologiques d’un mélange, quelle que soit l’origine de ses composants. Par exemple, un cirage traditionnel contenant de l’essence de térébenthine — un solvant d’origine végétale obtenu par distillation de la gemme de pin — peut tout à fait être classé inflammable, car la térébenthine présente un point d’éclair bas. La nature d’un ingrédient ne dispense donc jamais de lire l’étiquette : c’est la composition réelle et la concentration des substances qui déterminent la classification.
- — Liquide et vapeurs inflammables (Flam. Liq. 3).
- H302 — Nocif en cas d’ingestion (Acute Tox. 4 *, voie orale).
- H312 — Nocif par contact cutané (Acute Tox. 4 *, voie cutanée).
- H332 — Nocif par inhalation (Acute Tox. 4 *, voie respiratoire).
- H315 — Provoque une irritation cutanée (Skin Irrit. 2).
- H319 — Provoque une sévère irritation des yeux (Eye Irrit. 2).
- — Peut provoquer une allergie cutanée (Skin Sens. 1).
- — Peut être mortel en cas d’ingestion et de pénétration dans les voies respiratoires (Asp. Tox. 1).
- — Toxique pour les organismes aquatiques, entraîne des effets néfastes à long terme (Aquatic Chronic 2).
Pictogrammes : 02, SGH07, SGH08, SGH09. Mention d’avertissement : DANGER. La mention d’avertissement et le pictogramme SGH08 viennent de la classe Asp. Tox. 1 (H304), pas du point d’éclair : c’est le danger d’aspiration qui fixe le niveau d’alerte de cette étiquette. L’astérisque des trois classes Acute Tox. 4 marque une classification MINIMALE, reprise de la directive 67/548/CEE (Annexe VI, partie 1, section 1.2.1) : un fournisseur qui détient des données conduisant à une catégorie plus sévère doit appliquer la plus sévère.
Les colonnes de l’entrée de l’annexe VI ne portent aucun conseil de prudence. Les conseils à retenir sont choisis dans l’annexe IV du règlement, qui énumère ceux de chaque classe et de chaque catégorie de danger ainsi que des conseils généraux :
- P210 — Tenir à l’écart de la chaleur, des surfaces chaudes, des étincelles, des flammes nues et de toute autre source d’inflammation. Ne pas fumer.
- P273 — Éviter le rejet dans l’environnement.
- P280 — Porter des gants de protection et un équipement de protection des yeux.
- P301 + P310 — EN CAS D’INGESTION : appeler immédiatement un CENTRE ANTIPOISON ou un médecin. En cas d’ingestion d’essence de térébenthine, la fiche toxicologique n° 132 de l’INRS demande d’appeler immédiatement un SAMU, le 15, et les premiers gestes de cette page donnent la suite de sa conduite.
- P331 — NE PAS faire vomir. Le liquide remonté passe dans les poumons ; c’est le geste qui transforme une ingestion en pneumopathie chimique.
- P403 + P235 — Stocker dans un endroit bien ventilé. Tenir au frais.
- P501 — Éliminer le contenu/récipient dans une déchèterie, filière des déchets dangereux des ménages.
Lire les conseils de prudence (codes P)
À côté des dangers, l’étiquette et la indiquent les conseils de prudence — les codes P. Ils décrivent les précautions d’emploi, de stockage et de premiers secours. Voici les plus courants pour un produit de finition solvanté, à titre d’illustration :
- P102 — Tenir hors de portée des enfants.
- P210 — Tenir à l’écart de la chaleur, des surfaces chaudes, des étincelles, des flammes nues et de toute autre source d’inflammation. Ne pas fumer. Pour l’essence de térébenthine, « surface chaude » a un chiffre : ses vapeurs prennent feu d’elles-mêmes, sans flamme ni étincelle, dès qu’une surface atteint 220 à 255 °C (INRS, fiche toxicologique n° 132).
- P280 — Porter des gants de protection / des vêtements de protection / un équipement de protection des yeux / du visage.
- P301 + P310 — EN CAS D’INGESTION : appeler immédiatement un CENTRE ANTIPOISON / un médecin. En cas d’ingestion de l’un des solvants à danger d’aspiration que cite cette page, l’INRS fait appeler immédiatement un SAMU, le 15 (FT 132, FT 324, FT 227) ; ses trois fiches écrivent la même conduite, et, écrits pour la térébenthine, les premiers gestes de cette page donnent la suite de sa conduite.
- P331 — NE PAS faire vomir. Avec une mention , le liquide remonté passe dans les poumons : c’est le geste qui transforme une ingestion en pneumopathie chimique.
- P302 + P352 — EN CAS DE CONTACT AVEC LA PEAU : laver abondamment à l’eau et au savon.
- P305 + P351 + P338 — EN CAS DE CONTACT AVEC LES YEUX : rincer avec précaution à l’eau pendant plusieurs minutes. Enlever les lentilles de contact si la victime en porte et si elles peuvent être facilement enlevées. Continuer à rincer.
- P501 — Éliminer le contenu / récipient dans un centre de collecte des déchets dangereux ou spéciaux, conformément à la réglementation locale (filière DDM, Déchets Dangereux des Ménages).
À quoi sert la Fiche de Données de Sécurité (FDS) ?
La est un document encadré par l’article 31 du règlement (règlement (CE) n° 1907/2006). Elle accompagne les mélanges classés dangereux et détaille, en seize rubriques normalisées, l’identification du produit, sa composition, les dangers, les mesures de premiers secours, de lutte contre l’incendie, de manipulation et de stockage, ainsi que les données toxicologiques et écologiques. La FDS est le document de référence pour un usage professionnel ou intensif. Pour obtenir la FDS d’un produit précis, il suffit de la demander au fabricant ou au distributeur, tenu de la fournir pour tout mélange classé dangereux.
Que signifie « biodégradable » ?
La décrit la capacité d’une substance à être décomposée par des micro-organismes ; elle se mesure par des protocoles normalisés, par exemple les lignes directrices de l’OCDE série 301 (essais de biodégradabilité facile). Deux nuances méritent d’être retenues, car elles sont à l’origine de la plupart des malentendus. D’abord, « biodégradable » ne veut pas dire « inoffensif » : un produit peut être à la fois biodégradable et classé dangereux pour le milieu aquatique tant qu’il n’est pas dégradé — c’est précisément pourquoi on l’élimine par la filière des déchets dangereux plutôt qu’à l’évier. Ensuite, une mention « biodégradable » sur un emballage n’a de valeur que si elle renvoie à un essai documenté pour la formulation concernée : en l’absence d’un rapport consultable, c’est une affirmation à vérifier auprès du fabricant, pas une garantie. Nous ne disposons d’aucun résultat d’essai propre et ne formulons donc ici aucune allégation de biodégradabilité : nous expliquons seulement sur quelles preuves une telle allégation devrait reposer.
Articulation avec les autres réglementations
Le ne fonctionne pas seul. Il s’inscrit dans le cadre réglementaire européen des produits chimiques, aux côtés du règlement (enregistrement, évaluation, autorisation et restriction des substances chimiques), qui impose notamment la . Pour aller plus loin sur ce règlement, voir la leçon qui lui est consacrée dans le parcours Sécurité Chimique pour le Travail du Bois. Les sources officielles ci-dessous permettent de vérifier directement les textes.
Équipements de protection individuelle (EPI), captage et premiers gestes
- Vapeurs d’un solvant bouillant au-dessus de 65 °C : demi-masque EN 140 à filtre de type A (EN 14387), aspiration des vapeurs à la source et ventilation du local (ED 6106) ; térébenthine, 150 à 180 °C (FT 132), white-spirit, 130 à 230 °C (CarAtex), filtre A (FT 324), d-limonène, 178 °C (FT 227) ; notre règle : classe 2, et dehors.
- Un masque jetable FFP (EN 149), FFP2 comme FFP3, n’offre aucune protection contre les vapeurs de solvant.
- Gants pour la térébenthine : nitrile, fluoré ou multicouche, jamais caoutchouc naturel, butyle, néoprène ni PVC (FT 132).
- Térébenthine avalée () : on appelle aussitôt le 15, fait transférer la personne à l’hôpital en ambulance médicalisée, et même si la personne est consciente, ne fait jamais boire ni vomir.
- Si la personne qui a ingéré ce solvant est inconsciente : on la met en position latérale de sécurité et la réanime s’il y a lieu ; consciente, on la garde au repos.
- Au besoin, après ce solvant ingéré : on retire ses vêtements souillés, les mains gantées, et lave sa peau et ses yeux aussitôt et abondamment à grande eau au moins 15 minutes.
- Un solvant dans l’œil : on ôte d’abord les lentilles de contact, rince immédiatement et abondamment au moins 15 minutes à l’eau courante, paupières bien écartées, et consulte un ophtalmologiste en cas d’irritation en lui signalant leur port.
- Térébenthine sur la peau : on appelle rapidement le centre antipoison, retire les vêtements souillés, les mains gantées, lave immédiatement et abondamment la peau à grande eau au moins 15 minutes et consulte sans tarder en cas d’irritation ou de contact étendu ou prolongé.
- Vapeurs de térébenthine respirées : on appelle rapidement le centre antipoison et met la personne hors de la zone polluée en se protégeant.
- Si la personne qui a respiré ces vapeurs est inconsciente : on la met en position latérale de sécurité et la réanime s’il y a lieu ; consciente, on la garde au repos.
- Au besoin, après ces vapeurs : on retire ses vêtements souillés, les mains gantées, et lave sa peau et ses yeux aussitôt et abondamment à grande eau au moins 15 minutes ; en cas de symptômes, on consulte rapidement un médecin.
Sources
- Règlement (CE) n° 1272/2008 — CLP, classification et étiquetage des substances et des mélanges (nouvelle fenêtre)
- Règlement (CE) n° 1907/2006 — REACH, Article 31 sur les Fiches de Données de Sécurité (nouvelle fenêtre)
- ECHA — fiche substance « Turpentine, oil », EC 232-350-7, CAS 8006-64-2 (nouvelle fenêtre) — la fiche de la substance dont cette leçon décode l’étiquette : identité, classification harmonisée de l’entrée 650-002-00-6 et mentions notifiées à l’inventaire C&L.
- INRS — Fiches toxicologiques essence de térébenthine et solvants (nouvelle fenêtre)
- Légifrance — texte intégral du règlement CLP applicable en France
- INRS — ED 6106, Les appareils de protection respiratoire : choix et utilisation (nouvelle fenêtre) — tableau 3 des filtres anti-gaz EN 14387 (type A au-dessus de 65 °C d’ébullition, AX en dessous et à usage unique, K pour l’ammoniac et les dérivés aminés) ; § 1.3.4, filtres combinés à double marquage ; annexe 3, facteurs de protection assignés conseillés par l’INRS : 10 pour un demi-masque à filtre P3, 30 pour un masque complet à filtre P3, 40 pour une cagoule ou un casque TH3 P
- INRS — Base CarAtex, fiche « White-spirit », CAS 8052-41-3 (nouvelle fenêtre) — mise à jour avril 2018 ; inflammation sans flamme ni étincelle à partir de 180 °C, intervalle d’ébullition de 130 à 230 °C, point d’éclair 30-65 °C en coupelle fermée ; c’est la plus basse de ces températures parmi les solvants que le site relève pour cette liste, et notre règle en fait le seuil : une surface d’atelier — carter, résistance, conduit — l’atteint
- INRS — Fiche toxicologique n° 324, solvants aliphatiques en C9-C20 contenant des hydrocarbures aromatiques (nouvelle fenêtre) — white-spirit : filtre de type A, « combiné à un filtre P2 en cas d’activité générant des aérosols » dans les mots de la fiche ; notre lecture : ce P2 est la classe que la fiche donne à l’aérosol de solvant, et elle ne suffit pas hors de ce cas ; gants nitrile ou fluorés pour un contact prolongé, PVC ou néoprène pour un contact intermittent ou une éclaboussure, caoutchouc naturel et butyle à éviter ; la fiche renvoie la protection oculaire à la rubrique 8 de la FDS
- INRS — Fiche toxicologique n° 227, dipentène et isomères (d-limonène) (nouvelle fenêtre) — filtre de type A ; aspiration des vapeurs à leur source d’émission et ventilation des lieux de travail ; pour un contact prolongé, matériaux multicouches, élastomères fluorés ou PVC ; le caoutchouc nitrile est à éviter ; la fiche renvoie la protection oculaire à la rubrique 8 de la FDS ; point d’ébullition 178 °C, au-dessus du seuil du type A (EN 14387)
- AST25 — Risque chimique : choisir des gants adaptés (EN ISO 374-1:2016) (nouvelle fenêtre) — type A, perméation supérieure à 30 minutes pour au moins six substances ; type B, trois ; type C, supérieure à 10 minutes pour une ; lettres A méthanol, B acétone, D dichlorométhane, F toluène, J n-heptane, K soude caustique 40 %, O ammoniaque 25 %