On range volontiers huiles siccatives et cires naturelles sur la même étagère, comme deux flacons interchangeables pour finir un meuble. Leur chimie, elle, les oppose : l’une se fige en captant l’oxygène de l’air et ne revient jamais en arrière ; l’autre fond et se refige autant de fois qu’on la réchauffe. De cet écart découle tout le reste — profondeur de protection, possibilité de rattraper une finition, droit ou non de la mettre au contact d’un aliment.
Les huiles dites siccatives (lin, tung, et plus marginalement d’autres oléagineux comme le carthame ou la noix) durcissent par autoxydation — c’est-à-dire qu’elles durcissent en captant l’oxygène de l’air, et non en s’évaporant comme un solvant. L’oxygène de l’air réagit avec les doubles liaisons des acides gras polyinsaturés pour créer un réseau tridimensionnel covalent (un maillage de molécules solidement liées entre elles). La réaction est irréversible : une fois la finition durcie à cœur, on ne peut pas la fondre, seulement la décaper mécaniquement ou chimiquement. Ce durcissement par autoxydation — l’addition d’oxygène à un composé organique, suivie de la réticulation des chaînes — est le trait chimique commun à toutes les huiles siccatives.
Les cires naturelles, en revanche, se déposent par fusion-recristallisation (elles fondent à la chaleur, puis se figent en refroidissant) : une fois chauffées au-dessus de leur , elles s’étalent en couche fine puis se refroidissent en formant un film cristallin. La réaction est réversible : il suffit de réchauffer la cire (par friction, par air chaud, par solvant adapté) pour la fondre à nouveau et la ré-étaler. Cette propriété est centrale dans la restauration patrimoniale, où la réversibilité d’une finition est considérée comme un critère déontologique. L’ traditionnelle, mélange de cire d’abeille et d’essence de térébenthine, appartient à cette famille.
Choisir entre huile et cire n’est donc pas une question de goût mais d’arbitrage sur trois axes : la profondeur de protection (les huiles pénètrent, les cires couvrent), la réversibilité (les cires se refondent, les huiles non) et l’aptitude au contact alimentaire (une déclaration que le fabricant du produit fini délivre ou non, et qu’aucun numéro d’additif ne remplace). Les sections suivantes reprennent chaque axe ; la dernière en fait une grille de décision selon l’usage.
Les huiles siccatives : chimie et comportement
Les huiles siccatives constituent la première grande famille des finitions naturelles. Leur durcissement n’est pas une évaporation (comme un solvant) mais une réaction chimique d’oxydation des doubles liaisons des acides gras. Trois huiles dominent en finition du bois : le lin et le tung (, qui polymérisent) et le camélia (non siccatif), chacune avec un comportement propre.
L’huile de lin (Linum usitatissimum)
L’huile de lin est l’archétype européen de l’huile siccative en finition du bois. Elle est extraite par pression à froid ou par solvant des graines de lin (Linum usitatissimum). Sa composition en acide α-linolénique (acide gras polyinsaturé ω-3 à trois doubles liaisons) se situe, selon les valeurs communément rapportées pour ce corps gras, entre 45 et 70 %, ce qui en fait une huile à fort potentiel de . Son , qui mesure le degré d’insaturation, est de l’ordre de 170 à 204 — au-dessus du seuil de 130 qui définit conventionnellement les huiles siccatives.
L’huile de lin est dite « auto-siccative », ce qui signifie qu’elle durcit spontanément à l’air sans nécessairement requérir l’ajout de siccatifs métalliques. Le mécanisme commence par l’absorption d’oxygène, qui forme des peroxydes au niveau des doubles liaisons ; ces peroxydes se décomposent en radicaux libres qui amorcent la réticulation entre chaînes d’acides gras. Le réseau tridimensionnel obtenu est solide, transparent et fortement pénétrant : une couche d’huile de lin diffuse dans le bois sur plusieurs millimètres de profondeur.
L’enjeu de sécurité le plus connu de l’huile de lin est le risque de combustion spontanée des chiffons imbibés. Ce risque est décrit par la fiche de données de sécurité Redox de l’huile de lin, à sa rubrique de lutte contre l’incendie : un chiffon imbibé d’huile siccative, laissé en tas, peut, dans certaines conditions, s’enflammer spontanément. La réaction exothermique de , confinée dans un chiffon en tas, peut le porter jusqu’au départ de feu, sans flamme initiale, sans atteindre les 300 °C sous lesquels l’huile en masse ne s’enflamme pas (fiche Redox).
L’huile de lin se vend sous trois formes. La crue (raw linseed oil), sans additif, durcit lentement, plusieurs jours par couche. La cuite (boiled linseed oil, BLO) mélange huile crue, stand oil et métalliques (cobalt, manganèse ou zirconium pour accélérer le durcissement complet) : ce sont eux qui la rendent rapide. La polymérisée (stand oil, standolie), cuite sans oxygène ni siccatif, est très visqueuse : film plus dur, jaunissement moindre. En meuble courant, c’est l’huile cuite qui domine ; la crue sert quand le temps de prise importe peu, en peinture et en . Toutes se rangent de la même manière : le bidon repart fermé, debout, étiqueté d’origine, dans un placard hors de portée des enfants. Le transvasement dans un contenant alimentaire est proscrit : c’est par là que surviennent les ingestions accidentelles, et une huile cuite reçoit des siccatifs métalliques que rien, dans son aspect, ne signale.
L’huile de tung (Vernicia fordii)
L’huile de tung, ou huile d’abrasin, est obtenue par pression des graines de Vernicia fordii (anciennement Aleurites fordii), arbre originaire du Sud de la Chine. Elle a été introduite en finition occidentale plus tardivement que le lin mais bénéficie d’un profil chimique particulièrement intéressant. Elle contient une proportion élevée d’acide α-éléostéarique (de l’ordre de 77-82 %) — un acide gras très particulier dont la structure présente trois doubles liaisons conjuguées (un triène conjugué).
Cette configuration conjuguée — c’est-à-dire des doubles liaisons séparées par une seule liaison simple, et non par deux comme dans le lin — modifie radicalement la cinétique de polymérisation. Le triène conjugué de l’acide α-éléostéarique polymérise via un mécanisme de cycloaddition de Diels-Alder en plus de l’autoxydation classique, ce qui produit un film final à densité de réticulation supérieure. Il en résulte une finition très dure et facile à réparer ; le tung résiste à l’eau mieux que la plupart des autres huiles pures en finition.
En pratique, le tung est privilégié pour les finitions sollicitées : meubles d’extérieur, plans de travail, manches d’outils. Le temps de durcissement complet est de plusieurs semaines, sans fourchette chiffrée sourcée. Son odeur caractéristique et son prix supérieur à celui du lin en limitent l’usage aux finitions où ses propriétés supérieures sont réellement nécessaires. Aucune mention d’un statut officiel de contact alimentaire n’est documentée dans la littérature publique pour l’huile de tung pure.
L’huile de camélia (Camellia oleifera, Camellia japonica)
L’huile de camélia se distingue des deux précédentes par son comportement non siccatif. Elle est extraite des graines de plusieurs espèces du genre Camellia ; Camellia oleifera est principalement cultivé en Chine pour son huile végétale, tandis que Camellia japonica fournit une huile connue sous le nom d’huile de tsubaki. L’utilisation traditionnelle japonaise de l’huile de tsubaki (tsubaki abura) en protection légère des objets métalliques et des bois sensibles est ancienne.
Le profil chimique est dominé par l’acide oléique (mono-insaturé ω-9) : sa teneur atteint environ 76 à 82 % dans les variétés cultivées. À la différence du lin, qui est polyinsaturé et donc polymérisable, le camélia est essentiellement mono-insaturé, ce qui le rend très stable à l’oxydation mais incapable de durcir par autoxydation. Son est nettement en dessous du seuil de 130 qui définit une huile siccative.
En finition du bois, l’huile de camélia ne joue donc pas le même rôle que le lin ou le tung : elle n’est pas une finition durable mais une protection temporaire à renouveler régulièrement. Son usage typique concerne les manches de couteaux japonais, les rabots et planes traditionnels, les bois précieux usés en contact quotidien. Elle reste liquide en finition (pas de film durci) et migre dans le temps, ce qui implique une réapplication toutes les quelques semaines en usage intensif.
Les cires naturelles : chimie et comportement
Les cires naturelles forment la seconde grande famille des finitions traditionnelles. Contrairement aux huiles, elles ne sont pas des triglycérides mais des mélanges complexes d’esters à longues chaînes, d’hydrocarbures et d’acides gras libres. Trois cires dominent l’usage en finition du bois et en cosmétique : cire d’abeille, cire d’olive (nom commercial), cire de carnauba.
La cire d’abeille (cera flava, cera alba)
La cire d’abeille est sécrétée par les glandes cirières des abeilles ouvrières du genre Apis, principalement Apis mellifera, pour la construction des rayons de ruche. Sa composition typique se répartit en monoesters (environ 35 %), hydrocarbures (14 %) et acides gras libres (12 %), le solde étant composé de diesters, triesters et hydroxyesters. Le composé ester majoritaire est le palmitate de myricyle (myricyl palmitate), ester de l’alcool myricylique (C30) et de l’acide palmitique (C16).
Le est de 62 à 65 °C (E 901, règlement (UE) n° 231/2012), ce qui en fait une cire relativement basse fondante par rapport aux cires d’origine végétale comme la carnauba. Cette caractéristique se traduit en pratique par une finition souple, légèrement plastique au toucher, qui s’égalise facilement au chiffon. La couleur naturelle varie du jaune mielleux pour la cire brute (cera flava) au blanc pour la cire raffinée par filtration et exposition solaire ().
La cire d’abeille pure est autorisée comme additif alimentaire sous le numéro E901 ; elle y est employée comme agent d’enrobage (glazing agent), notamment pour limiter la perte d’eau des denrées. L’autorité de classification au niveau européen figure dans le Règlement (UE) n° 231/2012 de la Commission relatif aux spécifications des additifs alimentaires (établi en lien avec le Codex Alimentarius FAO/OMS et l’Autorité européenne de sécurité des aliments — EFSA). Cette autorisation porte sur l’emploi de la cire dans ou sur un aliment, non sur la conformité d’une finition appliquée au bois : pour une planche à découper, un ustensile ou une surface de préparation, c’est la déclaration de conformité du fabricant, au titre du Règlement (CE) n° 1935/2004, qui établit l’aptitude au contact — et elle suppose une cire pure, non mélangée à des composants non autorisés.
En finition du bois traditionnelle, la cire d’abeille s’utilise pure (frottée au tampon) ou en mélange avec essence de térébenthine pour former une fluide. L’encaustique traditionnelle, constituée de cire d’abeille et d’essence de térébenthine, sert à la protection et au lustrage de nombreux supports : meubles, parquets, cadres en bois.
La cire d’olive et autres cires accessoires
« Cire d’olive » est un nom commercial, pas une matière définie : il recouvre au moins deux matières. Une cire récupérée sur les grignons, résidu du pressage des olives ; et un corps gras hydrogéné, porté sur les listes d’ingrédients par l’entrée INCI HYDROGENATED VEGETABLE OIL, qui ne nomme aucune plante, ou HYDROGENATED OLIVE OIL ; CosIng, la base européenne des ingrédients cosmétiques, n’a aucune entrée à ce nom. L’olivier n’exsude pas de cire à récolter comme celle d’une ruche, mais le pressage en laisse une. D’un fournisseur à l’autre, ce n’est pas le même produit, et les points de fusion publiés divergent.
Son usage principal est cosmétique (baumes, produits de soin), plus que la finition du bois, où elle est parfois mélangée à la cire d’abeille sans avantage technique établi. D’autres cires végétales (candelilla, soja, riz) et animales (lanoline, cire de Chine) restent marginales en finition grand public.
La cire de carnauba (Copernicia prunifera)
La cire de carnauba est extraite des feuilles du palmier carnauba (Copernicia prunifera), originaire du Nord-Est du Brésil. Elle compte parmi les plus dures des cires naturelles, avec un intervalle de fusion de 82 à 86 °C (E 903, règlement (UE) n° 231/2012), nettement supérieur à celui de la cire d’abeille (62-65 °C).
Sa composition chimique est complexe : esters aliphatiques (environ 40 % en masse), diesters, acides ω-hydroxycarboxyliques (13 %) et alcools gras (12 %). Ce sont essentiellement des esters de très longues chaînes (C30-C34), enrichis en acide cinnamique, qui expliquent sa dureté et sa résistance à la chaleur exceptionnelles.
En finition du bois, la cire de carnauba se rencontre pure (en mécanique de précision et en restauration haut de gamme) ou en mélange avec la cire d’abeille pour augmenter la dureté d’une . Au-delà du bois, ses usages couvrent les cires automobiles, les cirages, le fil dentaire, certains produits alimentaires (confiseries) et les cires et encaustiques pour sols et meubles. Sa dureté et sa stabilité thermique en font la cire de référence pour les surfaces sollicitées par la chaleur (carrosserie exposée au soleil, par exemple).
Compatibilité alimentaire : ce que dit la réglementation
La question du contact alimentaire d’une finition de bois est strictement encadrée par le droit européen : une finition en contact avec des aliments doit utiliser uniquement des substances autorisées comme additifs alimentaires ou comme matériaux et objets destinés à entrer en contact avec les denrées alimentaires. Pour les cires et huiles traitées ici, les statuts sont contrastés.
Cires E901 et E903 : ce que l’autorisation couvre
Les cires d’abeille (E901) et de carnauba (E903) sont autorisées comme additifs alimentaires en Europe par le Règlement (UE) n° 231/2012 (spécifications des additifs alimentaires), en complément du Règlement (CE) n° 1333/2008 (liste positive des additifs). Le système européen s’aligne globalement avec le système international Codex Alimentarius FAO/OMS, qui maintient la Norme générale pour les additifs alimentaires — GSFA (https://www.fao.org/fao-who-codexalimentarius/en/). Cette autorisation porte sur l’emploi de la cire dans ou sur un aliment. Pour qu’une finition de bois en cire soit apte au contact alimentaire (planches à découper, ustensiles), c’est le fabricant du produit fini qui doit le déclarer, au titre du Règlement (CE) n° 1935/2004. Une cire pure (sans solvant non autorisé comme la térébenthine industrielle) et des substances d’accompagnement de qualité alimentaire — huile de support comprise — sont nécessaires à cette déclaration, elles ne la remplacent pas ; les mentions à chercher sur l’étiquette d’un cirage sont détaillées par la leçon « Choisir un cirage pour planches à découper ».
L’EFSA conduit des réévaluations périodiques de ces additifs et publie ses avis : celui de 2007 sur la cire d’abeille (E901, https://doi.org/10.2903/j.efsa.2007.615) et celui de 2012 sur la cire de carnauba (E903, https://doi.org/10.2903/j.efsa.2012.2880). Au niveau français, l’ANSES (https://www.anses.fr/fr/content/notre-identite) est l’autorité compétente pour les questions de sécurité sanitaire alimentaire.
Huile de lin : statut alimentaire complexe
Le cas de l’huile de lin est plus subtil et mérite une explication détaillée. L’huile de lin n’a pas le statut d’additif alimentaire d’agent d’enrobage (pas de numéro E associé). Toutefois, son utilisation comme huile alimentaire de consommation a été progressivement autorisée en France. Le cadre français a évolué à partir de 2008 : l’AFSSA (Agence française de sécurité sanitaire des aliments, intégrée à l’ANSES en 2010) a rendu en 2009 un avis positif sur l’utilisation culinaire de l’huile de lin pure, et l’huile de lin pure (non mélangée) a été autorisée sous conditions en 2010. Les conditions de commercialisation alimentaire imposent notamment un volume de conditionnement maximal de 250 mL et un conditionnement dans un matériau opaque, en raison du risque d’oxydation rapide qui dégrade l’huile et génère des composés nocifs issus du rancissement. Ces conditions figurent dans l’avis de l’AFSSA du 31 mars 2009 (saisine n° 2008-SA-0392, https://www.anses.fr/system/files/NUT2008sa0392.pdf), avec une traçabilité des lots et un inertage à l’azote.
Mais autoriser l’huile de lin comme aliment ne signifie pas que son utilisation en finition de planche à découper soit officiellement reconnue comme conforme au contact alimentaire. C’est une différence importante : la consommation directe d’une huile alimentaire et son utilisation comme finition durable d’une surface en contact alimentaire répété ne relèvent pas du même régime juridique. Une finition polymérisée d’huile de lin sur une planche à découper n’est pas explicitement validée par les textes de l’UE relatifs aux matériaux en contact alimentaire.
Sur le plan chimique, l’argument en faveur de l’huile de lin au contact alimentaire repose sur sa : une fois le réseau réticulé et durci pendant plusieurs semaines, l’oxydation et la migration de résidus sont fortement réduites. Ce point reste toutefois débattu pour le contact alimentaire : l’arbitrage pratique (cires E901/E903, huiles minérales de qualité alimentaire) est traité dans la leçon « Choisir un cirage pour planches à découper ».
Huile de tung et huile de camélia : pas de statut alimentaire officiel
L’huile de tung n’est pas autorisée comme additif alimentaire et n’est pas commercialisée en France comme huile alimentaire. Sa toxicité en ingestion est documentée (nécessité d’un durcissement complet pour la stabilisation chimique) : ne pas l’employer en finition de planche à découper.
L’huile de camélia Camellia oleifera est utilisée comme huile alimentaire en Asie de l’Est et connaît un développement en Europe, mais comme huile de consommation et non comme finition. Étant donné qu’elle ne polymérise pas, son emploi comme finition durable d’une surface en contact alimentaire n’a pas de sens technique (elle reste liquide et migre constamment).
Propriétés mécaniques comparées
Les tableaux comparatifs ci-dessous synthétisent les propriétés pratiques qui orientent le choix selon l’usage envisagé. Les classements sont indicatifs et qualitatifs : ils reflètent la pratique professionnelle compilée à partir des sources citées dans cet article.
- Pénétration dans le bois — Huile lin : Forte. Huile tung : Forte. Huile camélia : Modérée (non durci). Cire abeille : Surface. Cire carnauba : Surface.
- Dureté du film — Huile lin : Moyenne. Huile tung : Très élevée. Huile camélia : Aucun film. Cire abeille : Faible (souple). Cire carnauba : Très élevée.
- (°C) — Huile lin : Sans objet (liquide). Huile tung : Sans objet (liquide). Huile camélia : Sans objet (liquide). Cire abeille : 62-65. Cire carnauba : 82-86.
- Brillant — Huile lin : Satiné à mat. Huile tung : Satiné. Huile camélia : Mat. Cire abeille : Satiné à brillant. Cire carnauba : Très brillant.
- Résistance à l’eau — Huile lin : Bonne. Huile tung : Très bonne. Huile camélia : Faible. Cire abeille : Moyenne. Cire carnauba : Bonne.
- Réversibilité — Huile lin : Non (irréversible). Huile tung : Non (irréversible). Huile camélia : Oui (non durci). Cire abeille : Oui (refusion). Cire carnauba : Oui (refusion).
- Statut de contact alimentaire — Huile lin : controversé, aucune déclaration de conformité connue en finition. Huile tung : écartée (pas de statut alimentaire, toxicité en ingestion documentée). Huile camélia : sans objet. Cire abeille : additif E901, l’aptitude au contact restant à déclarer par le fabricant. Cire carnauba : additif E903, même règle.
- Risque combustion spontanée chiffons — Huile lin : Élevé. Huile tung : Modéré. Huile camélia : Négligeable. Cire abeille : Négligeable. Cire carnauba : Négligeable.
Le contraste mécanique fondamental porte sur le mode d’action : les huiles siccatives pénètrent et polymérisent à l’intérieur du bois (renforcement structurel), tandis que les cires déposent un film de surface (équivalent à un vernis cristallin de faible épaisseur). Cette différence se traduit par des entretiens distincts : une finition huile peut être nourrie par recharges périodiques sans décapage préalable, alors qu’une finition cire s’use en surface et doit être périodiquement nettoyée puis ré-étalée.
Choisir selon l’usage
Le choix optimal dépend du compromis entre profondeur de protection, esthétique, réversibilité et contraintes alimentaires. Six scénarios couvrent la plupart des situations courantes, dont un consacré à l’essence travaillée.
Meubles d’intérieur courants
Pour un buffet, une commode, une table de salon en bois massif courant, l’ à la cire d’abeille reste le choix de référence : finition souple, brillant satiné, réversible, aisée à retoucher en cas de griffure. Si la pièce est plus sollicitée (plateau de table d’apparat), un mélange cire d’abeille + cire de carnauba (typiquement 80/20) augmente la dureté sans perdre la réversibilité. Pour un meuble destiné à subir une longue durée sans entretien, l’huile de lin polymérisée (stand oil) reste une option valable.
Plancher et surfaces très sollicitées
Pour un parquet, un plan de travail, un escalier en bois, la dureté prime sur la réversibilité. Deux familles s’opposent : les huiles dures (typiquement lin polymérisé, parfois mélangé avec et résines naturelles) et les cires dures à forte teneur en carnauba. L’huile dure offre une protection structurelle profonde mais demande un durcissement de plusieurs semaines ; la cire dure se pose plus rapidement mais doit être ravivée plus souvent. Le choix tient souvent au compromis temps de chantier / fréquence d’entretien.
Planche à découper et ustensiles alimentaires
Pour toute surface en contact direct répété avec des aliments, retenir un produit dont le fabricant déclare l’aptitude au contact des denrées (Règlement (CE) n° 1935/2004) : en pratique une cire pure d’abeille ou de carnauba, ou des mélanges avec huile minérale de qualité alimentaire, vendus avec cette mention. Écarter l’huile de tung. Pour l’huile de lin, choix au cas par cas : si elle est employée, n’utiliser que de l’huile de qualité alimentaire, vendue en bouteille opaque de 250 mL, et la laisser polymériser plusieurs semaines avant utilisation. La controverse persiste : côté alimentaire, les conditions d’utilisation de l’huile de lin sont fixées par l’arrêté du 4 décembre 2008, dont le projet de modification intégrant l’huile de lin vierge a fait l’objet de l’avis AFSSA du 25 mai 2010 (saisine n° 2010-SA-0109, https://www.anses.fr/fr/system/files/NUT2010sa0109.pdf) ; pour les additifs, la référence reste le Codex Alimentarius.
Mobilier d’extérieur
L’huile de tung est le choix de référence pour les bois exposés (terrasses, bardages, mobilier de jardin), grâce à sa résistance à l’eau supérieure à celle des autres huiles pures en finition. Une alternative est l’huile de lin renforcée par cire d’abeille en finition (huile + cire à chaud), qui bénéficie de la pénétration de l’huile et de l’hydrofugation de la cire. Réapplication tous les 1-2 ans selon exposition au soleil et à la pluie.
Restauration patrimoine
En restauration de patrimoine mobilier (ancien régime, XIXe siècle), la déontologie professionnelle privilégie la réversibilité : toute finition apportée doit pouvoir être retirée sans dommage pour le support. C’est ce qui exclut généralement les huiles siccatives (irréversibles) au profit de la gomme-laque (vernis tamponné à l’alcool, réversible par solvant) complétée par une cire d’abeille en finition.
Essences de bois spécifiques
Le choix de finition dépend aussi de l’essence travaillée : les bois très denses (palissandre, ipé, chêne résineux) absorbent moins les huiles et tirent meilleur parti d’une cire de surface ; les bois résineux (pin, sapin, mélèze) peuvent voir l’huile mal sécher en surface si la résine endogène migre ; les bois exotiques très gras (teck, iroko) peuvent rejeter les finitions polymérisées.
Chiffons et supports imbibés d’huile : neutraliser, puis éliminer
- Une huile siccative dégage de la chaleur en séchant : un chiffon imbibé, roulé en boule, peut s’enflammer seul plusieurs heures après le travail.
- Règle n°1, dès la fin du travail : immerger les chiffons dans un récipient rempli d’eau, tenu couvert — un seau convient, une boîte métallique fermée vaut mieux, car le métal résiste à la chaleur si une réaction résiduelle se produit malgré l’eau. Le récipient reste à l’écart de toute source d’inflammation, hors de portée des enfants et des animaux, jusqu’au dépôt.
- Règle n°2, seulement si la première est impossible : les étendre à plat, à l’air libre, sur une surface incombustible — béton, pierre, fil métallique tendu — pendant 24 à 72 heures, le temps que le film durcisse. Jamais en boule, en tas, ni sur un support combustible.
- Les deux voies s’excluent et ne s’enchaînent pas : l’eau ne détruit pas l’huile, elle la prive d’oxygène, et un chiffon ressorti du bain pour sécher en tas retrouve le risque intact.
- Destination, dans les deux cas : déchèterie ou point de collecte, filière « déchets dangereux des ménages » (DDM). Le récipient d’immersion part entier, eau comprise — cette eau ne se vide ni à l’évier, ni à l’égout, ni au jardin. En atelier professionnel, bordereau de suivi de déchets dangereux.
- La règle suit l’huile, pas le tissu : poussière d’égrenage, laine d’acier, tampons abrasifs, essuie-tout, sciure.
Sources et lectures complémentaires
- Institutions et régulation alimentaire : ANSES — Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (nouvelle fenêtre) — autorité française de référence pour la sécurité sanitaire des additifs alimentaires ; a repris les avis de l’AFSSA sur l’huile de lin (2009-2010)
- EFSA — « Beeswax (E 901) as a glazing agent and as carrier for flavours », EFSA Journal 2007;5(12):615 (nouvelle fenêtre) — l’avis européen sur la cire d’abeille comme agent d’enrobage et support d’arômes
- EFSA — « Scientific Opinion on the re-evaluation of carnauba wax (E 903) as a food additive », EFSA Journal 2012;10(10):2880 (nouvelle fenêtre) — la réévaluation européenne de la cire de carnauba comme additif alimentaire
- Codex Alimentarius FAO/OMS (nouvelle fenêtre) — Norme générale internationale pour les additifs alimentaires (GSFA)
- INRS — Institut National de Recherche et de Sécurité (nouvelle fenêtre) — institut français de référence en prévention des risques professionnels.
- Règlement (UE) n° 231/2012 — spécifications des additifs alimentaires (nouvelle fenêtre) — spécifications des cires E901 (abeille) et E903 (carnauba) comme additifs alimentaires
- Règlement (CE) n° 1333/2008 — additifs alimentaires (nouvelle fenêtre) — liste positive des additifs autorisés dans l’Union européenne
- Redox Ltd — Linseed Oil Safety Data Sheet Rev 5 (07 Dec 2021) (nouvelle fenêtre) — section 9 : température d’auto-inflammation « > 300 - 343 °C » pour l’huile en masse ; le chiffon huilé s’enflamme par auto-oxydation, sans atteindre ce seuil
