La colle qui tient un meuble et la finition qui le protège sont deux produits chimiques distincts, et ils ne s’entendent pas toujours. Mal associés, la finition s’écaille, jaunit ou refuse de pénétrer le bois — parfois plusieurs semaines après l’application, quand la pièce est déjà livrée. Ce guide trie les associations qui tiennent de celles qu’il faut éviter.
Toute fabrication ou restauration combine au moins un assemblage (tenon-mortaise, queue d’aronde, raccord plat, placage, réparation locale) et au moins une finition (huile, cire, vernis) — deux chimies qui peuvent interférer : une colle qui sature la fibre modifie la pénétration ultérieure d’une huile ; une finition posée sur une zone collée peut décoller ou jaunir ; un solvant de décapage peut dissoudre la colle d’origine et désassembler le meuble. Selon Wikipedia FR Colle (adhésif) (https://fr.wikipedia.org/wiki/Colle), une colle crée une liaison cohésive entre deux substrats, mais cette liaison reste vulnérable aux solvants, à l’humidité, à la chaleur et aux contraintes mécaniques.
Le parcours est systématique : huit familles de colles bois et huit familles de finitions, leur composition, leurs propriétés et leurs incompatibilités courantes, puis la matrice 8 × 8 qui croise les unes avec les autres (codage compatible / conditionnel / incompatible). Suivent les erreurs documentées, les tests à mener sur échantillon avant de s’engager sur une pièce de valeur, et les recommandations par usage : assemblage structurel, placage, raccord de parquet, jouets, surfaces alimentaires.
1. Les huit grandes familles de colles bois
Colle animale (Hide glue)
La colle animale ou colle de peau, d’os, de nerf, de poisson, est la colle historique de l’ébénisterie européenne du XVIIe au XIXe siècle. Sa composition repose sur le collagène issu de tissus conjonctifs (peau de lapin, nerfs de bœuf, os bouillis, vessie de poisson pour la colle de poisson ou ichthyocolle). Sa réversibilité (à l’eau chaude ou à la vapeur) en fait la colle de référence de la restauration patrimoniale, conformément aux principes de l’ICOM-CC.
- Composition — protéines de collagène (50-70 %) + eau (30-50 %) + plastifiants traditionnels (glycérol, miel) selon les recettes ;
- Mise en œuvre — préparation au bain-marie à 60-65 °C, application chaude sur substrats secs et chauds, prise par refroidissement (15-30 minutes à température ambiante) puis séchage complet en 12-24 h ;
- Résistance traction — 8-12 MPa sur joints bien préparés, comparable aux colles modernes ;
- Résistance à l’humidité — faible. Réversible à l’eau chaude (60-65 °C) ou à la vapeur. Inadaptée extérieur ou cuisine humide ;
- Réversibilité — totale par vapeur d’eau chaude ou alcool éthylique chaud. Caractéristique essentielle pour la restauration patrimoniale ICOM-CC ;
- Compatibilité finitions — excellente avec cire, encaustique, gomme-laque (chimies historiques cohérentes). Tolère huile de lin si la colle est sèche en surface. Incompatible avec polyuréthane bicomposant qui ne pénètre plus.
Colle vinylique PVA blanche
La colle vinylique blanche ou (polyvinyl acetate) est la colle bois grand public de référence depuis 1960. Selon Wikipedia EN Polyvinyl acetate (https://en.wikipedia.org/wiki/Polyvinyl_acetate), c’est une émulsion aqueuse de polymère de polyacétate de vinyle, prête à l’emploi.
- Composition — dispersion aqueuse de polyacétate de vinyle (PVAc 40-60 %) + plastifiants (DBP, autres phthalates ou substituts) + tensioactifs + biocides + eau de complément ;
- Mise en œuvre — application au pinceau ou directement à la bouteille à bec, prise en pression 30-45 minutes minimum, séchage complet 12-24 h, résistance maximale après 7 jours ;
- Résistance traction — 7-12 MPa selon qualité. Marques courantes Cléopâtre, Pattex, Bostik, Sader, Sika ;
- Classes EN 204 — D1 (intérieur sec) / D2 (intérieur humidité occasionnelle) / D3 (intérieur humide non immergé) / D4 (extérieur abrité). Les PVA résistantes à l’eau D3-D4 contiennent un additif réticulant isocyanate, exocyanate ou polyamine ;
- Résistance à l’humidité — D1 sensible, D4 acceptable mais inférieure aux polyuréthanes ;
- Réversibilité — partielle par eau chaude prolongée sur D1, quasi-nulle sur D3-D4 ;
- Compatibilité finitions — bonne avec finitions à phase solvant (huile lin, vernis polyuréthane) si la colle est sèche. Critique : la colle qui déborde des joints doit être essuyée à chaud avec un chiffon humide AVANT de durcir, sinon elle forme une barrière sur le bois empêchant la finition de pénétrer.
Colle aliphatique jaune (Titebond)
Les colles aliphatiques jaunes (marques Titebond, Hercules) sont une variante haute performance des PVA, formulées pour menuiserie professionnelle.
- Composition — émulsion de polymère alphatique (résine aliphatique modifiée) jaune à brune + résines tackifiantes + plastifiants ;
- Mise en œuvre — comme PVA blanche, prise plus rapide 15-30 minutes, manipulation 1 h, durcissement complet 24 h ;
- Résistance traction — 13-18 MPa, supérieure à PVA blanche standard ;
- Classes EN 204 — courantes en D2 / D3 (Titebond Original, Titebond II, Titebond III), Titebond III approuvée food-grade FDA pour planches de découpe ;
- Résistance à l’humidité — bonne en D3, acceptable extérieur en D4 ;
- Réversibilité — quasi-nulle ;
- Compatibilité finitions — équivalente à PVA blanche. Avantage notable : moins de cernes blancs visibles sur bois clair quand la colle déborde, car la teinte jaune se confond mieux que le blanc opaque.
Colle polyuréthane (PU) monocomposante
La colle polyuréthane monocomposante (PU 1K) est la colle structurelle moderne pour assemblages exigeants. Selon Wikipedia EN Polyurethane (https://en.wikipedia.org/wiki/Polyurethane), elle réticule par contact avec l’humidité ambiante ou l’humidité du bois.
- Composition — pré-polymère uréthane à groupes isocyanates terminaux (NCO libres) + solvants (xylène, toluène ou esters) + catalyseur 2-éthylhexanoate stanneux ;
- Mise en œuvre — application en couche fine, mouillage léger du substrat à l’eau pulvérisée pour accélérer la réticulation, prise en pression 30-90 minutes, expansion modérée (mousse uréthane jaune visible) due au CO₂ libéré par la réaction isocyanate + eau ;
- Résistance traction — 12-20 MPa, supérieure aux PVA ;
- Classes EN 204 — typiquement D4 ;
- Résistance à l’humidité — excellente, classe d’emploi extérieur sans abri (terrasses, ouvrages bois extérieur) ;
- Réversibilité — nulle ;
- Compatibilité finitions — bonne avec vernis polyuréthane, lasures, saturateurs (chimies cohérentes). Limite : les débordements expansés en mousse jaune doivent être grattés au ciseau quand encore frais ; durcis, ils sont très difficiles à éliminer sans poncer profondément ;
- Précautions — les isocyanates libres (MDI, TDI) sont sensibilisants respiratoires (classification REACH H334 « peut provoquer des symptômes allergiques ou d’asthme »). Ventilation forte requise lors de l’application en atelier.
Colle époxy bicomposante
La colle bicomposante (résine + durcisseur à mélanger) est la colle de précision pour réparations critiques. Selon Wikipedia EN Epoxy (https://en.wikipedia.org/wiki/Epoxy), sa polymérisation passe par une réaction d’addition entre un groupe époxyde et un groupe amine.
- Composition — partie A résine (typiquement bisphénol-A diglycidyl éther DGEBA, 50-60 %) + partie B durcisseur amine (polyamine aliphatique TETA ou aromatique MXDA, 30-40 %) ratio volumique 1:1 ou 2:1 selon formulation ;
- Mise en œuvre — mélange des deux composants 1-2 minutes juste avant emploi, pot life 5-30 minutes selon formule, prise en pression 12-24 h, durcissement complet 7 jours à 20 °C ;
- Résistance traction — 25-40 MPa, la plus élevée toutes colles confondues ;
- Résistance à l’humidité — excellente, résiste à immersion ;
- Réversibilité — nulle ;
- Compatibilité finitions — excellente avec vernis polyuréthane et acrylique (chimies cohérentes). Très critique : les époxy contiennent souvent des cires anti-amine sur leur surface après durcissement, qui doivent être lavées au solvant (acétone, white-spirit) puis poncées P150-P180 avant toute application de finition ;
- Précautions — les amines aliphatiques sont irritantes cutanées et oculaires, gants nitrile et lunettes requis.
Colle cyanoacrylate (super-glue)
La colle cyanoacrylate ou super-glue est la colle instantanée pour micro-réparations. Selon Wikipedia EN Cyanoacrylate (https://en.wikipedia.org/wiki/Cyanoacrylate), elle polymérise instantanément en présence d’humidité atmosphérique.
- Composition — monomère cyanoacrylate (éthyl-cyanoacrylate ECA ou méthyl-cyanoacrylate MCA, 95-99 %) + stabilisants acides (acide sulfurique, hydroquinone) + activateurs basiques en surface après application ;
- Mise en œuvre — application en goutte fine sur un seul substrat, mise en contact immédiate, prise 10-60 secondes, durcissement complet 1-2 h ;
- Résistance traction — 18-25 MPa sur joints fins, mais sensibilité aux chocs (clivage fragile) ;
- Résistance à l’humidité — limitée, vieillit en présence d’eau ;
- Réversibilité — possible par solvant acétone ou nitrométhane ;
- Compatibilité finitions — délicate. La colle forme un film vitreux sur la surface du bois autour du joint, qui repousse les huiles et empêche les vernis solvantés de pénétrer. Ponçage P180-P220 obligatoire avant finition pour briser ce film vitreux.
Colle urée-formaldéhyde (UF)
La colle urée-formaldéhyde est la colle historique des panneaux contreplaqués et de la lutherie industrielle, en perte d’usage grand public depuis les réglementations sur les émissions de formaldéhyde.
- Composition — pré-polymère urée + formaldéhyde + durcisseur acide (chlorure d’ammonium, acide formique) ratio 8:1 à 12:1 ;
- Mise en œuvre — préparation 5-10 minutes avant emploi, application chaud (50-80 °C presse industrielle) ou froid, prise sous pression 15 minutes à 80 °C, durcissement 24 h à 20 °C ;
- Résistance traction — 10-15 MPa ;
- Classes EN 204 — typiquement D2 / D3 ;
- Émissions formaldéhyde — substance cancérogène certaine pour l’humain catégorie 1B selon Wikipedia FR Formaldéhyde et classification CLP H350. Les panneaux contreplaqués collés UF doivent respecter la classe E1 (≤ 0,1 ppm formaldéhyde libéré) selon NF EN 13986 + Règlement UE 2020/1149 restriction E0 visée ;
- Compatibilité finitions — bonne avec vernis polyuréthane, acrylique, lasure (joints largement enfouis dans les panneaux). Limites alimentaires pour planches : à éviter par précaution.
Colle naturelle moderne (caséine, dextrine, etc.)
Les colles naturelles modernes à base de caséine (lait), dextrine (amidon de pomme de terre, blé) ou farines, sont des produits de niche pour applications éco-responsables, jouets enfants ou contact alimentaire.
- Composition — caséine 60-80 % + chaux Ca(OH)₂ ou borax (tétraborate de sodium décahydraté) Na₂B₄O₇·10H₂O + eau ;
- Mise en œuvre — préparation 1-2 minutes mélange, prise 2-4 h, séchage 24-48 h ;
- Résistance traction — 6-10 MPa, modeste ;
- Résistance à l’humidité — faible (caséine), nulle (dextrine pure) ;
- Compatibilité finitions — excellente avec cires, huiles naturelles, gomme-laque. Idéale jouets enfants et planches alimentaires.
Les huit grandes familles de finitions
2.1. Huile de lin cuite (BLO) — Pénétrante, siccative, sans formation de film notable.
2.2. Huile dure pénétrante type Hardwax — Mélange siccatifs + cires + résines alkydes. Pénétrante avec film léger 0,5-2 mm.
2.3. Cire d’abeille en encaustique — Pâte d’abeille + térébenthine. Semi-pénétrante, réversible totale.
2.4. Vernis polyuréthane monocomposant (1K) — Alkyde-uréthane modifié, prêt à l’emploi. Filmogène 50-100 µm, irréversible.
2.5. Vernis polyuréthane bicomposant (2K) — Polyol + isocyanate aliphatique HDI/IPDI. Filmogène 100-300 µm, irréversible, sensibilisant respiratoire.
2.6. Vernis acrylique aqueux — Dispersion polyacrylate aqueuse. Filmogène 30-80 µm, faiblement réversible eau chaude prolongée.
2.7. Gomme-laque (French polish) — Résine de l’insecte Kerria lacca dissoute dans l’éthanol. Filmogène fin 5-30 µm, totalement réversible à l’éthanol.
2.8. Peinture acrylique latex — Dispersion polyacrylate pigmentée. Filmogène couvrant 30-100 µm, faiblement réversible.
La matrice de compatibilité 8 × 8
3.1. Convention de codage
- O (compatible) — application directe sans précaution particulière au-delà du nettoyage et du ponçage standard P150-P180. Les chimies des deux produits sont cohérentes et le risque d’incompatibilité est négligeable ;
- C (conditionnel) — application possible sous conditions : dégraissage solvant, ponçage poussé P150-P220, attente prolongée du séchage de la colle (5-7 jours minimum), couche d’accrochage spécifique ou primer ;
- X (incompatible) — combinaison à proscrire : la finition décolle, ne pénètre pas, jaunit anormalement ou la colle d’origine est dissoute par les solvants de la finition.
Matrice synthétique (lignes = colles ; colonnes = finitions)
Le tableau ci-dessous synthétise les compatibilités pour les 64 combinaisons (8 colles × 8 finitions) sur la base de la documentation publique des fabricants, des règles générales de chimie organique et de l’expérience consolidée en ébénisterie professionnelle. La lecture s’effectue par ligne (« telle colle, avec telle finition ? »).
- Colle animale + huile lin BLO : O compatible ; + huile dure : O ; + cire encaustique : O (cohérence historique) ; + PU 1K : C attendre 48-72 h ; + PU 2K : C dégraissage requis ; + acrylique aqueux : C attention re-mouillage de la colle ; + gomme-laque : O historique ; + peinture acrylique : O.
- blanche D2 + huile lin : C attendre 7 jours séchage + ponçage P180 ; + huile dure : C idem ; + cire encaustique : O ; + PU 1K : C attendre 5-7 jours ; + PU 2K : C idem + dégraissage ; + acrylique aqueux : O si colle bien sèche ; + gomme-laque : C ponçage P220 ; + peinture acrylique : O.
- Aliphatique jaune Titebond + huile lin : C attendre 5-7 jours ; + huile dure : C idem ; + cire encaustique : O ; + PU 1K : C attendre 5-7 jours ; + PU 2K : C ; + acrylique aqueux : O ; + gomme-laque : C ; + peinture acrylique : O.
- Polyuréthane PU 1K + huile lin : O ; + huile dure : O ; + cire encaustique : O ; + PU 1K : O chimies parfaitement compatibles ; + PU 2K : O ; + acrylique aqueux : C attendre 7 jours séchage et ponçage P180 ; + gomme-laque : C ; + peinture acrylique : C.
- bicomposant + huile lin : C dégraissage acétone + ponçage P150 ; + huile dure : C idem ; + cire encaustique : O ; + PU 1K : O ; + PU 2K : O ; + acrylique aqueux : C dégraissage critique ; + gomme-laque : C ; + peinture acrylique : O.
- Cyanoacrylate + huile lin : X film vitreux barrière ; + huile dure : X ; + cire encaustique : X ; + PU 1K : C ponçage P180 critique ; + PU 2K : C idem ; + acrylique aqueux : X ; + gomme-laque : X ; + peinture acrylique : C.
- Urée-formaldéhyde UF + huile lin : O joints enfouis ; + huile dure : O ; + cire encaustique : O ; + PU 1K : O ; + PU 2K : O ; + acrylique aqueux : O ; + gomme-laque : O ; + peinture acrylique : O.
- Caséine ou dextrine + huile lin : O chimies naturelles cohérentes ; + huile dure : O ; + cire encaustique : O ; + PU 1K : C ; + PU 2K : C ; + acrylique aqueux : O ; + gomme-laque : O ; + peinture acrylique : O.
3.3. Analyse synthétique de la matrice
- Combinaisons toujours compatibles (O sur ligne complète) : colle UF, qui est enfouie dans les panneaux et n’a pas de contact direct avec la finition ;
- Combinaisons toujours conditionnelles (C ou X dominant) : cyanoacrylate qui forme un film vitreux barrière pour la quasi-totalité des finitions ;
- Triangle d’or de la restauration patrimoniale : colle animale + cire + gomme-laque, tous compatibles par cohérence historique (et tous réversibles) ;
- Triangle moderne de l’ébénisterie professionnelle : D3 ou aliphatique + huile dure ou vernis PU + ponçage soigné ;
- Combinaisons à proscrire dans tous les cas : vernis polyuréthane sur PVA encore frais (gonflement de la colle) ; huile sur colle ayant débordé et durci en croûte (la finition forme des taches plus claires).
Erreurs courantes documentées
Surface contaminée à la colle non poncée
L’erreur la plus fréquente du débutant est de ne pas essuyer ou poncer les débordements de colle qui ont traversé les joints et taché la surface du bois adjacent. La colle séchée forme une fine pellicule transparente ou blanche qui repousse les huiles et les vernis solvantés, créant des taches plus claires visibles après la finition. Le décollement de la finition peut survenir des semaines plus tard. Mitigation : essuyer la colle fraîche immédiatement avec un chiffon humide chaud, puis poncer la zone P180 après séchage complet (24 h) avant toute application de finition.
Polyuréthane sur PVA frais
L’application d’un vernis polyuréthane (1K ou 2K) sur une colle PVA encore mouillée provoque un gonflement de la colle (le PVA reste sensible aux solvants pendant 24-72 h) et un décollement du film polyuréthane. La zone se cloque visiblement après quelques jours. Mitigation : attendre 7 jours minimum entre l’application de la colle et la finition polyuréthane. En cas de doute, un test sur un échantillon visible permet de vérifier l’absence de décollement.
Cyanoacrylate sous gomme-laque
Le film vitreux du cyanoacrylate est très peu poreux et repousse l’éthanol de la gomme-laque. Le tampon ne glisse pas correctement sur la zone collée, créant un défaut visuel visible en lumière rasante. Mitigation : éviter complètement le cyanoacrylate sur du mobilier destiné à recevoir une gomme-laque ; si une réparation locale au cyanoacrylate est inévitable, poncer P220-P320 la zone et tester sur échantillon.
Solvant de décapage dissolvant la colle d’origine
Erreur classique en restauration : décaper une finition cellulosique (vernis nitrocellulosique 1920-1960) au diluant cellulosique ou à l’acétone sur un meuble assemblé à la colle animale. Le solvant dissout aussi la colle animale, désassemblant les tenons et queues d’aronde. Mitigation : identifier la colle d’origine avant décapage (colle animale fluoresce en lumière noire UV-A à ~370 nm) et préférer un décapage mécanique (ponçage manuel doux P150) ou thermique (décapeur 350-450 °C avec spatule à distance des assemblages) sur les meubles assemblés à la colle animale.
Époxy non dégraissé sous vernis
Les laissent souvent une cire anti-amine en surface après durcissement (la amine blush mentionnée dans les fiches techniques marines). Cette pellicule cireuse repousse les vernis polyuréthane et acryliques. Mitigation : laver la surface époxy durcie à l’acétone ou au white-spirit sur un chiffon propre, puis poncer P150-P180. La cire anti-amine est éliminée et le vernis adhère normalement.
Tests de compatibilité à réaliser sur échantillon
Avant toute application sur une pièce de valeur, trois tests rapides permettent de valider la compatibilité d’un couple colle-finition.
Test à l’eau (vérifier le séchage de la colle)
Sur une zone collée censée être sèche, poser une goutte d’eau distillée et attendre 5 minutes. Si l’eau est totalement absorbée par le bois et qu’aucun gonflement de la colle ne s’observe (pas de cloque, pas de blanchissement), la colle est sèche. Si l’eau ressort en perles ou si la zone blanchit, attendre 24-72 h de plus.
Test au solvant (vérifier l’absence de réactivité)
Sur la même zone collée, poser un chiffon imbibé du solvant de la finition future (white-spirit pour huile/lasure ; alcool dénaturé pour gomme-laque ; acétone pour cellulosique) et frotter doucement 30 secondes. Si la colle se dissout, blanchit ou laisse une trace, la finition correspondante est incompatible. Tester avec un solvant alternatif.
Test d’adhérence après application (sur échantillon dédié)
Sur une chute de la même essence, reproduire la séquence complète : collage + séchage + finition + séchage finition. Après 7 jours minimum, appliquer un ruban adhésif fort (type ruban d’emballage) sur la zone, presser fermement, attendre 5 minutes, puis arracher d’un coup sec à 90 °. Si la finition reste solidement attachée au bois, l’adhérence est validée. Si la finition se décolle en lambeaux, la combinaison est incompatible.
Recommandations par usage
6.1. Assemblages structurels mobilier (tenon-mortaise, queue d’aronde)
- Mobilier patrimonial à restaurer : colle animale chaude (réversibilité ICOM-CC) + finition cire encaustique ou gomme-laque ;
- Mobilier neuf usage domestique : D2 ou aliphatique Titebond II + huile dure ou vernis PU 1K ;
- Mobilier exposé humidité (cuisine, salle de bain) : PVA D3 ou aliphatique Titebond III + huile dure résistante eau ou vernis PU 2K.
6.2. Placages bois précieux
- Placage neuf : colle PVA D2 ou aliphatique + huile dure ou vernis acrylique (les vernis solvantés peuvent gondoler le placage fin) ;
- Re-collage placage cloqué patrimoine : colle animale + fer à placage chaud (60-65 °C) + cire ou gomme-laque en finition.
6.3. Raccords de lames parquet
- Parquet huilé : colle PVA D3 ou aliphatique D3 sur queues d’aronde ou rainure-languette + finition huile dure compatible ;
- Parquet vitrifié : colle PVA D3 + vitrificateur PU 1K ou 2K ;
- Réparation locale lame fendue : bicomposant dégraissé puis ponçage local + rattrapage finition existante.
6.4. Jouets en bois pour enfants
- Conformité EN 71-3 : la colle ne doit pas libérer plus que les seuils tabulés (arsenic, plomb, mercure, chrome) à l’extraction salivaire HCl 0,07 M 1 h à 37 °C ;
- Préférence éco-jouets : colle caséine ou dextrine + cire d’abeille pure ou huile alimentaire ;
- Production industrielle jouets : PVA classe E1 émissions formaldéhyde + vernis acrylique aqueux certifié EN 71-3.
6.5. Surfaces alimentaires (planches à découper, ustensiles)
- Recommandation primaire : éviter tout joint dans la zone de contact alimentaire (planche monobloc) ;
- Si joint obligatoire : aliphatique Titebond III approuvée FDA food-contact + huile minérale food-grade USP NF ou cire d’abeille pure.
Normes européennes et marquages réglementaires
EN 204 (colles bois non structurelles)
La norme EN 204 « Classification des adhésifs thermoplastiques pour assemblage non structural des matériaux en bois » classe les colles bois selon leur résistance à l’eau et à l’humidité en 4 classes :
- D1 — intérieur sec, humidité du bois < 15 % (mobilier intérieur, classe d’emploi 1 EN 335) ;
- D2 — intérieur abrité avec humidité occasionnelle (cuisine sèche, classe d’emploi 1-2) ;
- D3 — intérieur humide non immergé (salle de bain, cuisine, classe d’emploi 2-3) ;
- D4 — extérieur abrité avec humidité fréquente (fenêtres, portes extérieures, classe d’emploi 3-4).
Les tests EN 204 reposent sur des éprouvettes traction-cisaillement après immersion (24 h eau froide pour D1-D2, 4 h eau bouillante pour D3-D4) et mesurent la résistance résiduelle (≥ 4-7 MPa selon la classe).
EN 12765 (colles structurelles non lamellé-collé)
Pour les assemblages structurels (escaliers, charpentes légères, ouvrages techniques), la norme EN 12765 définit 4 classes C1-C4 selon résistance ultime, fluage et résistance feu. La certification CE en classe C3 ou C4 implique un suivi qualité régulier et l’usage de colles polyuréthane PU 1K ou époxy bicomposante.
Émissions formaldéhyde (EN 13986 et Règlement UE 2020/1149)
Les panneaux contreplaqués et OSB collés aux colles UF ou phénolique-formaldéhyde PF doivent respecter la classe E1 selon NF EN 13986 (≤ 0,1 ppm formaldéhyde libéré en chambre d’essai). Le Règlement UE 2020/1149 vise une réduction progressive vers la classe E0 (≤ 0,05 ppm).
Isocyanates (REACH Annexe XVII restriction 74)
Depuis le 24 août 2023, la restriction REACH 74 limite l’usage professionnel des colles polyuréthane contenant des isocyanates monomères > 0,1 % en masse aux opérateurs ayant suivi une formation obligatoire. Cette restriction concerne notamment les ateliers de menuiserie utilisant des colles PU 1K en grande quantité.
Synthèse et arbre de décision
Le choix d’une colle pour un assemblage devant recevoir une finition se fait en 5 questions successives :
- Quelle est la classe d’emploi visée (EN 335) ? — intérieur sec D1, intérieur humide D3, extérieur D4 ;
- L’assemblage doit-il être réversible (patrimoine) ? — oui → colle animale ; non → , aliphatique, PU, ;
- L’assemblage est-il structurel (EN 12765) ? — oui → PU 1K ou époxy classe C3-C4 ; non → tout adhésif EN 204 ;
- Quelle finition est prévue ? — vérifier la matrice de compatibilité ;
- L’usage est-il alimentaire ou enfantin ? — oui → caséine, dextrine, ou aliphatique Titebond III food-grade ; non → tout adhésif EN 204.
9. Sources et lectures complémentaires
Sources
- EN 204 (AFNOR / CEN) — Classification des adhésifs thermoplastiques pour assemblage non structural du bois : classes de durabilité à l’eau D1 à D4.
- EN 12765 (AFNOR / CEN) — Classification des adhésifs thermodurcissables pour assemblage structural du bois : classes C1 à C4.
- ECHA — REACH, Annexe XVII, entrée 74 (diisocyanates) — Restriction introduite par le Règlement (UE) 2020/1149 : formation obligatoire pour l’usage professionnel des produits contenant des diisocyanates au-delà de 0,1 % en masse.
- CIRC (IARC) — Monographie 100F, formaldéhyde — Formaldéhyde classé cancérogène pour l’humain (Groupe 1) ; cohérent avec la classification CLP harmonisée Carc. 1B / H350.
- NF EN 13986 — Panneaux à base de bois pour la construction : exigences d’émission de formaldéhyde (classe E1).
- ICOM-CC — Committee for Conservation — Principes de réversibilité et de distinguabilité applicables au recollage des assemblages patrimoniaux à la colle animale.
- Wikipedia FR — Colle (https://fr.wikipedia.org/wiki/Colle) — fonction d’une colle, vulnérabilité aux solvants, à l’humidité et aux contraintes mécaniques.
- EN 204 et EN 12765 (AFNOR/CEN) — classes de durabilité à l’eau des colles bois non structurelles (D1 à D4) et structurelles (C1 à C4).
- Wikipedia EN — Polyvinyl acetate (https://en.wikipedia.org/wiki/Polyvinyl_acetate) — émulsion aqueuse PVA ; chimie d’application bois.
- Wikipedia EN — Polyurethane (https://en.wikipedia.org/wiki/Polyurethane) — réticulation à l’humidité ; isocyanates ; classification sensibilisant respiratoire H334.
- Wikipedia EN — Epoxy (https://en.wikipedia.org/wiki/Epoxy) — réaction d’addition époxyde + amine ; DGEBA, TETA, MXDA ; ratio bicomposant.
- Wikipedia EN — Cyanoacrylate (https://en.wikipedia.org/wiki/Cyanoacrylate) — polymérisation par humidité atmosphérique ; ECA, MCA ; film vitreux.
- Wikipedia FR — Formaldéhyde — cancérogène certaine pour l’humain catégorie 1B selon classification CLP H350.
- Normes AFNOR / CEN — EN 204 (colles bois non structurelles, classes D1-D4) ; EN 12765 (colles structurelles, classes C1-C4) ; NF EN 13986 (panneaux à base de bois, émissions formaldéhyde E1) ; Règlement UE 2020/1149 (restriction formaldéhyde E0 visée) ; EN 71-3 (jouets, extraction salivaire métaux lourds).
- ECHA — European Chemicals Agency (https://echa.europa.eu/) — Annexe XVII REACH restriction 74 isocyanates (depuis 24 août 2023, formation professionnelle obligatoire pour PU > 0,1 % isocyanates monomères).