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Aïoli, geste sûr

Par : Équipe rédactionnelle InnovativeTechFusion

Parcours: Cuisine & Mémoire

Légende 3 sur 6

Au fond du bol posé de travers, le jaune d’œuf attend, seul, bombé. Théo lève le bidon d’huile et verse — pas , un vrai trait, parce qu’il veut aller vite. L’huile glisse, épaisse, grasse, et noie le jaune d’un coup.

Il attrape le fouet et bat. De toutes ses forces. Le fouet claque contre la faïence, métal sur faïence, sans rien accrocher — le son du vide. Il bat plus vite. Rien n’épaissit.

« L’, c’est de l’ail, de l’huile, un œuf, et on tourne, dit-il, sûr de lui. C’est prêt en deux minutes. »

La sauce reste fluide. Vaguement grumeleuse. Une pellicule luisante remonte et surnage. Il fouette encore, le front moite — et c’est pire : la flaque jaune ne tient pas. L’odeur d’ail cru lui monte au nez, agressive. Il s’arrête, le bras mort, et regarde son bol. Une flaque. Désespérément liquide.

Camille essuie ses mains à son tablier et s’approche, sans un reproche. « Ah. Il est cassé. » Elle dit cela comme on dit qu’il pleut. « J’en ai raté des centaines. »

Théo prend le bol pour le vider dans l’évier. Camille pose deux doigts sur le bord. Pas pour le retenir de force. Juste pour l’arrêter. « Attends. Regarde-le d’abord. Qu’est-ce qui surnage ? »

Il se penche, agacé. Une pellicule claire, huileuse, posée au-dessus. Dessous, une masse trouble, grumeleuse, qui ne s’y mélange pas. Deux couches. Séparées net. « L’huile est au-dessus, dit-il lentement. Toute seule. »

« L’huile et le jaune ne tiennent plus ensemble, dit Camille. Là, ils ont divorcé. »

Elle remplit un verre d’eau, le pose dans la lumière, et y laisse tomber une seule goutte d’huile. La goutte plonge, puis remonte aussitôt et flotte en une petite bille dorée, intacte, sans se fondre. « L’eau et l’huile se repoussent. Toujours. Et ton jaune, c’est surtout de l’eau. Pour les forcer à rester ensemble, il faut deux choses. Un médiateur — il y en a un dans le jaune, fait pour ça. Et casser l’huile en gouttelettes si petites qu’elles ne se retrouvent plus jamais. »

Théo regarde la bille dorée. Il avait cru qu’il suffisait de tourner fort. Mais l’eau et l’huile ne se mélangent pas parce qu’on les brusque ; il y faut une astuce, pas un bras.

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